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Les besoins intérieurs de l'homme
Auteur : P. Rajagopalachari
(publié dans "Principes du Sahaj Marg" Set 1 Page 107 and "Yatra" Vol 2 Page 62)
L'homme a été défini de différentes manières. On l'a appelé animal social, ce qu'il est indiscutablement. Dans un contexte cosmique, quand on le compare à un atome, il est un univers en lui-même, et à l'inverse, quand on le compare à l'univers, il n'est qu'un atome. On affirme qu'il se situe à mi-chemin entre l'atome et l'univers. Mais une simple description pourrait faire de l'homme un complexe de besoins physiques et émotionnels.
Tous les êtres vivants ont des besoins qu'il faut satisfaire s'ils doivent survivre. Les besoins fondamentaux sont évidents, ce sont la nourriture, un abri, la protection par rapport au milieu environnant, un compagnon etc. Lorsque l'homme existait au niveau animal, les besoins étaient la base de son existence et étaient, en comparaison, facilement satisfaits, même si son existence était ce qu'on appelle couramment aujourd'hui un état primitif. Il semble néanmoins que l'homme primitif était plus heureux et plus facilement satisfait que l'homme moderne, peut-être pour la simple raison qu'il n'y avait pas de confusion dans l'évaluation de ses besoins si bien qu'il pouvait les satisfaire de façon directe et immédiate. L'homme primitif n'avait certainement pas tous les traumatismes, les psychoses, les névroses et toute la série de maladies psychologiques qui paraissent accompagner aujourd'hui la vie de l'homme tout au long de son existence.
Comment se fait-il qu'un homme simple, primitif ait pu être heureux dans des conditions d'environnement aussi défavorables, confronté à des conditions de vie extrêmes, où chaque instant de survie était une victoire sur l'environnement et sur ses ennemis ; alors que l'homme moderne, avec toutes les commodités et les accessoires de la vie, une vie que l'on a rendue si facile à vivre qu'elle ne nécessite bien souvent qu'un minimum d'activité physique, où tout ce dont il a besoin est à portée de main ou peut être acquis sans trop d'effort personnel ou de danger; comment se fait-il que, dans une telle existence, on constate que l'homme est incapable de vivre en paix, que ce soit avec lui-même ou avec son entourage ? Je pense qu'il n'y a aucun doute à ce sujet, surtout lorsque l'on étudie les sociétés occidentales. Il est bien évident que, plus la société est industrielle et sophistiquée et plus ses membres semblent devoir porter des fardeaux réprimés et inconscients. En effet, il semble que l'abondance soit accompagnée d'une souffrance mentale qui crée à son tour ce que l'on appelle des maladies psychosomatiques. Savoir s'ils sont nombreux à être libérés des douleurs d'une telle existence est sujet à controverse.
Depuis le début de ce siècle, il semblerait que le but de la vie ne soit devenu qu'une existence opulente, rendue possible par les progrès gigantesques et incomparables de la science qui ont permis à leur tour les développements révolutionnaires de la technologie. L'un des grands économistes occidental a effectivement défini la société moderne comme la société de l'abondance et, parallèlement à cette croissance de l'abondance, on constate, sous la surface, le développement d'une misère encore plus grande que l'histoire n'ait jamais connue auparavant. L'histoire de l'humanité est pleine de périodes sombres, remplies de souffrances dues aux luttes, au fanatisme et à la non-satisfaction des besoins physiques. Mais tout cela se maintenait, ou semblait se maintenir au niveau d'une souffrance physique. Aujourd'hui, la souffrance s'est glissée au niveau du mental, et c'est à ce niveau que se situe la plus grande souffrance de ceux qui sont dans l'abondance. Tout comme, même de nos jours, il semblerait que les sociétés orientales moins développées jouissent d'une meilleure santé mentale, même si leur niveau d'existence physique paraisse choquant aux yeux des occidentaux. Quelle est la raison de cet état de choses pratiquement inexplicable ? Je peux suggérer que nos besoins et la façon dont nous essayons de les satisfaire sont un facteur contribuant à la folie de la vie moderne.
Mon Maître fait une différence significative entre les besoins et les désirs. Les besoins sont légitimes, et l'homme peut légitimement s'attendre à ce qu'ils soient satisfaits. D'autre part, les désirs sont les créations de l'homme émanant de sa connaissance du monde extérieur. Les besoins viennent de l'intérieur tandis que les désirs viennent de l'extérieur. S'il suffisait de satisfaire les besoins, les hommes et les gouvernements n'auraient pas à se donner de mal. Mais c'est précisément cette augmentation perpétuelle des désirs de la société et des individus d'aujourd'hui qui rend leur satisfaction si difficile et souvent même impossible. Il serait effectivement plus correct d'ajouter que l'orientation actuelle de la société tend à élargir la gamme des désirs et même à créer des désirs de plus en plus nombreux afin de maintenir en mouvement les rouages de l'industrie. On peut donc dire que notre société se consacre essentiellement à la création de désirs qu'elle essaiera ensuite de satisfaire. Les besoins sont limités et donc aisément satisfaits, une fois satisfaits, l'homme est en repos. Par contre, les désirs n'ont pas de limites et chaque désir comblé donne naissance à un nouveau désir basé sur la satisfaction du désir précédent. Il s'agit, par conséquent, d'une spirale vicieuse ascendante dans ses exigences dont la satisfaction développe chez l'individu et la société une soif frénétique; et le but demeure à jamais hors de portée de l'individu. Voilà une des causes principales de la condition psychologique de l'individu d'aujourd'hui. Après tout, la société est composée d'individus et ne peut refléter que la somme de l'attitude et des aspirations individuelles.
En analysant nos besoins primordiaux qui sont le besoin naturel de se nourrir et d'avoir un abri, et qui sont comparativement faciles à satisfaire à condition de leur accorder le degré d'importance qu'ils méritent. L'homme primitif ne s'est adonné à l'art culinaire qu'à une époque assez tardive de son histoire. La cuisine n'étant que la transformation de ce que la nature offre sous une forme qui convient mieux à l'homme lui-même, un art d'embellir ce que la nature fournit. C'est un truisme de déclarer que cuisiner de la nourriture qui est disponible à l'état naturel, qu'elle soit végétarienne ou non-végétarienne, la prive très souvent d'une grande partie de sa valeur intrinsèque en ajoutant peut-être quelque chose à son goût et à son apparence. Je suis certain qu'il y a de nombreux adeptes de la nourriture crue qui seraient prêts à témoigner du caractère sain essentiel et du goût agréable des nourritures crues. Il existe des communautés importantes de gens qui sont capables de subsister avec ce type de nourriture très joyeusement et, ce qui est plus important, très sainement aussi. Lorsque l'on passe du stade de la cuisson au stade de l'embellissement où tout est apprêté simplement pour le plaisir de l'œil, le domaine d'acceptabilité d'une nourriture est déjà passé de la bouche à la langue, aux yeux, au nez, etc. C'est-à-dire que ce qui devrait être examiné d'un niveau de l'organisation physique est à présent examiné d'un autre niveau. Il s'agit là, sans aucun doute, d'une perversion, et elle constitue indubitablement une cause contribuant à la bien mauvaise santé du monde dans ces sociétés contemporaines où on ne sert qu'une nourriture très sophistiquée. Cela nous montre l'importance d'aborder chaque désir au niveau où il se situe en nous, c'est-à-dire que le physique doit être traité au niveau purement physique, le mental au niveau mental et ainsi de suite.
La nourriture devra non seulement être agréable au goût, mais aussi rafraîchir et fortifier le corps. C'est, ou cela devrait être, la considération fondamentale. Naturellement, le corps doit être fortifié en l'opposant aux forces extérieures de la nature. Et le moyen le plus simple est l'exercice physique. Il y a donc deux aspects à l'existence physique : l'un est l'apport de carburant à l'intérieur, et l'autre est l'opposition du corps au monde extérieur afin de développer sa force, sa compétence et les autres caractéristiques physiques qui y sont associées.
Sur le plan mental, en appliquant la même formule, ce dont l'esprit a besoin c'est de nourriture pour son existence et, pour son développement, d'un effort ferme pour surmonter les obstacles mentaux. L'homme doit consacrer le temps voulu à l'étude d'une littérature qui enrichira son esprit, et la littérature devrait être de qualité et de quantité telles qu'elle l'oblige à mettre en œuvre tout son matériel mental pour l'étude de ces travaux. Malheureusement, on constate qu'aujourd'hui la plupart des gens ne lisent qu'une littérature des plus médiocres, comme la presse à sensation, les mauvais romans à l'eau de rose, les romans policiers sanglants etc. Il n'est donc pas surprenant que de tels esprits ne se développent guère au-delà du niveau de l'adolescence. Les programmes de la plupart des institutions éducatrices ne semblent pas attacher l'importance voulue aux besoins de l'étudiant à ce point de vue.
Troisièmement, pour en venir au niveau émotionnel, l'homme ne reçoit que le mauvais type de nourriture émotionnelle. L'amour est l'un des aspects fondamentaux de l'existence humaine, et pour satisfaire ce besoin émotionnel extrêmement essentiel, l'homme fait appel à des moyens tout à fait inappropriés tels que la littérature romanesque, le cinéma et les liaisons passagères. Il réalise trop tard qu'aucun de ces moyens ne peut satisfaire le sentiment refoulé alors que son pouvoir émotionnel a besoin de s'exprimer de manière stable et canalisée et n'a pas toujours besoin, ou rarement, d'expression physique. C'est un fait reconnu que l'expression physique de l'amour doit succéder au développement mental de l'amour ou à son développement émotionnel. Mais dans les sociétés modernes, les choses sont sens dessus dessous, avec des conséquences très graves. La manifestation la plus récente de ce besoin non satisfait est la propagation rapide de l'accoutumance à la drogue alliée, ou précédée, d'un sens dissolu des valeurs morales.
Peut-être devrais-je ajouter qu'en ce qui concerne la vie émotionnelle de l'homme, les religions étaient censées, dans une mesure tout à fait fondamentale, proposer un objet d'adoration ou d'amour qui puisse élever la vie émotionnelle humaine jusqu'aux niveaux sublimes situés bien au-dessus du niveau humain ordinaire. La condition mentale actuelle de la plupart des gens semblerait indiquer que les religions non plus n'ont pas été capables de jouer leur rôle. Là encore, ce dont l'homme a sérieusement besoin est de quelque chose qu'il puisse vénérer et adorer, mais dans la plupart des religions, on ne lui propose qu'une idole ou un autre représentation du divin. Et on ne lui enseigne qu'une seule façon d'aborder cet objet d'adoration : la manière ritualiste, qui est largement démodée et que l'homme moderne considère le plus souvent comme de l'enfantillage.
Nous savons tous que, si la non satisfaction des besoins purement physiques peut au pire détériorer l'organisme physique d'une manière ou d'une autre, et encore, pas très sérieusement, la non-satisfaction des besoins émotionnels est beaucoup plus sérieuse. Dans le domaine de l'émotion, l'amour est prédominant ; des sentiments tels que la foi, l'espoir, la charité, le courage etc. le renforcent et à son tour, il les provoque. Si cet instinct émotionnel essentiel n'est pas satisfait, ces complexes dans lesquels mental et physique sont associés ne peuvent se manifester. Il est bien connu que là où il n'y a pas d'amour, il peut rarement y avoir du courage, et je vous demande de ne pas confondre ici le courage avec la bravoure accidentelle ou la nécessité de tuer sur la ligne de front. De même, là où il n'y a pas d'amour, il ne peut y avoir ni foi, ni charité, ni chasteté et, par conséquent, l'existence dépourvue d'amour est une existence vide. L'amour doit croître pour englober un champ d'expression de plus en plus vaste. L'amour pour sa femme doit s'élargir en un amour profond pour la famille résultant de cet amour. L'amour pour la famille doit croître jusqu'à inclure les voisins, car après tout, si un voisin est malade, en dépit des merveilles de la médecine moderne, il est possible que nous soyons la prochaine victime ; si un voisin est pauvre, sa pauvreté nous affecte ; s'il est victime de gangstérisme et d'attaques de truands, nous sommes sûrs d'en ressentir les répercussions. C'est pourquoi le bien-être de notre voisin est pour nous un sujet de préoccupation immédiate. Ainsi, lentement, au fur et à mesure qu'il mûrit, l'amour doit élargir son champ jusqu'à embrasser finalement l'univers entier en une étreinte sublime. Mon Maître a dit que la seule façon d'aborder l'Ultime est à travers l'amour.
Ce dont nous avons besoin c'est d'un Dieu, ou si vous préférez l'appeler ainsi, un Pouvoir Universel, ou quelque chose de ce genre ; mais quelque soit le nom qu'on lui donne, ce dont nous avons besoin, c'est d'une entité vers laquelle nous puissions nous tourner avec amour et révérence. Cela apparaîtrait comme un besoin spirituel, plus élevé que les autres besoins. Même un athée reconnaîtrait qu'il y a des moments dans sa vie où il a, peut-être inconsciemment, appelé Dieu à l'aide, ce qui prouve simplement que le besoin de Dieu est d'une généralité universelle. Lorsque nous nions un tel besoin, nous le faisons artificiellement, sans connaître les conséquences effrayantes d'un tel reniement. Le moment est donc venu d'établir à nouveau dans nos esprits cette vérité que Dieu nous est nécessaire, qu'Il soit visible ou invisible. Qu'Il puisse se manifester ou non n'est pas la question. Ce qu'Il est doit rester à jamais un mystère, car ce qui est connu n'a plus de mystère et seul l'inconnu est mystérieux. Comme le dit le vieux dicton anglais : "La familiarité engendre le mépris", et peut-être est-ce pour cette raison que Dieu a choisi de rester invisible et inaccessible ! Mais cela ne veut pas dire que l'existence et l'amour de Dieu ne peuvent être expérimentés. Comme l'a souvent remarqué mon Maître, Dieu ne peut être vu ni connu au sens conventionnel du terme, mais Sa présence peut être expérimentée si on s'y prend de la bonne façon.
Le problème est : comment amener Dieu dans nos vies ? Bien sûr, avant tout il est nécessaire de reconnaître que nous avons besoin de Lui. Les Occidentaux semblent souffrir particulièrement d'une sorte de complexe qui leur fait penser que Dieu ne leur est plus nécessaire. J'ai rencontré cette affirmation lors de nombreuses discussions avec mes amis occidentaux, surtout ceux qui réussissent dans la vie matérielle et qui, incrédules, demandent : "Mais pourquoi aurais-je besoin de Dieu alors que j'ai tout ce que je veux ?" Une telle question ne serait jamais posée en Orient où nous croyons que le fondement ou la base de toute existence est Dieu Lui-même, et qu'Il en est aussi le sommet, ou le couronnement. En Orient, nous pensons que Dieu est en tout ce que nous pensons, faisons, voyons etc. C'est-à-dire que pour les Orientaux, il n'y a rien qui ne soit de Dieu ou qui ne provienne de Dieu, et par conséquent, un esprit oriental ne peut pas se poser cette question de la nécessité de Dieu. En Occident, l'homme s'est retrouvé d'une façon ou d'une autre, divorcé de Dieu, et selon mon Maître, il ne peut y avoir de santé, que ce soit celle du corps ou de l'esprit, là où un schisme s'est créé entre l'homme et son Créateur. Ce besoin intime est vraiment d'une importance suprême car, même en Occident, il y a d'innombrables aspirants qui l'ont reconnu et accepté et qui, après une brève période de pratique de notre yoga du Sahaj Marg, ont déclaré de façon concluante que leur existence s'était remplie de quelque manière mystérieuse.
Et c'est cet intime besoin d'importance suprême, ce besoin universel de l'esprit de tous les hommes de partout que mon Maître a entrepris de satisfaire. Si Dieu n'est pas en nous, il doit y être replacé, et le Sahaj Marg qui est une forme de Raja Yoga, redécouverte par le propre Maître de mon Maître qui portait aussi son nom et s'appelait Shri Ram Chandraji de Fatehgarh, déclare satisfaire ce besoin vital. je vous ai dit que le Sahaj Marg est un système de Raja Yoga. Le Raja Yoga est naturellement un yoga de l'esprit, ce terme signifiant littéralement le roi des yogas. Vous savez tous ce que signifie, ou devrait signifier le mot yoga : union. Il s'agit de l'union ultime de l'homme et de son Créateur et rien de moins. Dans le Raja Yoga, cela se fait au moyen de l'esprit, et ce que nous pratiquons est la méditation. Tout ceci est très simple car il ne fait aucun doute que vous avez tous rencontré divers types de systèmes de yogas et que vous êtes familiarisés avec tous les concepts ou les grands concepts et la terminologie de ces systèmes orientaux. Mais le Sahaj Marg a quelque chose de très exceptionnel qui le démarque de tous les autres yogas.
Quelles sont les caractéristiques qui font que le Sahaj Marg se démarque des autres systèmes ? Tout d'abord, vous connaissez tous le yoga aux huit membres du grand Rishi Patanjali. On dit qu'il rassemble la totalité de l'enseignement yoguique en une forme pratique. Des huit étapes, les deux premières sont consacrées à la suppression des facteurs négatifs du système humain, et au développement au sein du système de la pureté de l'esprit et du corps nécessaire pour avancer jusqu'à la troisième étape, asana, ou yoga des postures. Les asanas vous sont aujourd'hui très familiers et ont été acceptés sans difficultés par une grande partie de la population. Il y a de nombreuses écoles de yoga indien qui n'enseignent rien d'autre que des asanas de yoga. Il existe un autre terme sous lequel on désigne ce yoga, le hatha yoga, qui regroupe la pratique des asanas et la quatrième étape, c'est-à-dire le Pranayama ou art de la respiration yoguique correcte. Selon mon Maître, ces quatre premières étapes de yoga sont réellement inutiles et impraticables. Il dit que tous les hommes, même ceux qui font le mal, font la différence entre le bien et le mal, mais le problème réside dans le fait que cette connaissance seule ne suffit pas, car il manque la volonté d'agir correctement. Peut-être devons-nous accepter l'affirmation du Maître qui dit qu'aucun homme connaissant le bien et ayant l'opportunité de faire le bien ne ferait délibérément le mal.
A ce propos, je me souviens qu'il y eut une fois une discussion au sujet de l'efficacité du hatha yoga quant à la réalisation du but ultime du yoga qui est l'union avec l'Ultime. Mon Maître affirma catégoriquement que le hatha yoga était en lui-même sans valeur pour un tel but. Lorsque je lui demandai pourquoi il était devenu nécessaire aux Rishis de le pratiquer, il me donna une explication que vous trouverez tous très logique, j'en suis certain. Les Rishis de l'ancien temps restaient assis en méditation pendant des jours, des semaines, et si la légende dit vrai, pendant des mois et même des années, sans interruption. Ils n'avaient donc ni l'opportunité, ni peut-être l'envie de faire de l'exercice physique. Cependant, il fallait imposer un minimum de tension au corps pour qu'il reste en bon état, au moins dans une faible mesure. C'est pourquoi les Rishis ont conçu un système de postures yoguiques qu'ils pouvaient adopter l'une après l'autre tout en étant assis en méditation ou en contemplation, et faire ainsi d'une pierre deux coups.
Le Sahaj Marg ne reconnaît pas non plus le besoin des deux étapes suivantes du yoga de Patanjali, mais commence réellement à la septième étape, dhyana ou méditation menant à l'étape finale ou état de fusion avec l'Ultime. L'enseignement de mon Maître indique que lorsqu'on réalise l'activité la plus élevée, c'est-à-dire lorsque la méditation est établie, le corps prend la posture naturelle et adéquate. L'asana s'établit donc de lui-même, non pas d'une manière artificielle ou faussée, mais selon les besoins du corps de l'individu. De même, lorsque la méditation s'installe, la respiration ralentit et adopte son propre cycle, et pranayama est ainsi établi. Quand l'esprit devient purifié par la méditation, les deux premières étapes de yama et de niyama sont ainsi établies naturellement et automatiquement. Un esprit pauvre ne peut avoir que de pauvres pensées, et de pauvres pensées ne peuvent mener qu'à de pauvres actions. Mais lorsque l'esprit est purifié et dirigé correctement, il en résulte des pensées pures et des actions pures. C'est pourquoi lorsque nous commençons la méditation et l'installons fermement, toutes les autres étapes du yoga de Patanjali se trouvent automatiquement établies en nous. C'est une manière naturelle et sans effort de faire les choses. C'est pourquoi le yoga de mon Maître s'appelle "Sahaj Marg", qui signifie littéralement la voie naturelle.
Deuxièmement, il y a un système de transmission qui s'appelle pranahuti en Sanskrit. Si je puis me permettre une courte référence aux Upanishads, et en particulier au Kena Upanishads : un étudiant demande à son professeur : par quoi les yeux voient-ils ? Par quoi le nez sent-il ? Par quoi les oreilles entendent-elles ? Et ainsi de suite ; et le professeur répond que ce ne sont pas les yeux qui voient mais l'œil de l'œil. De même, ce qui entend est l'oreille de l'oreille et ce qui parle n'est pas la bouche mais quelque chose derrière la bouche, le véritable orateur. Le Rishi continue en ajoutant que la vie elle-même vit seulement par l'existence de la vie supérieure qu'elle contient et qui s'appelle pranasya prana ou la vie de la vie. Mon Maître soutient que, tandis que le corps vit par l'âme, l'âme doit à son tour avoir ce par quoi elle existe, et ceci est la force ultime de vie ou pranashakti . Dans notre transmission, dans le système du Sahaj Marg, c'est cela qui est transmis dans le coeur de l'étudiant en yoga par le pouvoir divin associé à mon Maître. Et c'est de ce pouvoir qu'il peut doter les précepteurs, comme on les appelle, qui sont investis de la responsabilité d'offrir cette transmission aux étudiants qui viennent à eux. Cette transmission est quelque chose qui doit être ressenti et qui peut être ressenti. Vous admettrez que toute vie est transmission. Dans chaque action que nous exécutons ou par laquelle nous recevons, un acte de transmission est impliqué ; mais dans la transmission du Sahaj Marg, c'est le plus haut présent de la vie de la vie elle-même, et c'est ce qui distingue le système du Sahaj Marg de tous les autres systèmes de yoga qui existent.
Nous croyons donc que cette transmission comble maintenant un besoin de l'homme qui était resté largement inassouvi jusqu'à présent. Alors que l'homme peut prendre soin lui-même de ses autres besoins, physiques, mentaux, émotionnels, sans recourir à une assistance ou à des conseils d'autrui, un Maître est une nécessité absolue pour le besoin spirituel suprême, parce que c'est le Maître qui a ce pouvoir de transmission et que, sans Lui, elle ne peut être ni donnée ni reçue. Même les précepteurs dont j'ai parlé plus haut, ne transmettent qu'en vertu du pouvoir qui a été ouvert en eux pour leur permettre de le faire. Sans le Maître, il ne peut y avoir de précepteurs. Je sais que le concept de Maître répugne très souvent aux esprits occidentaux et je me suis souvent demandé pourquoi il en était ainsi. Ne cherchons-nous pas à être guidé même dans nos problèmes de tous les jours quand nous ne sommes pas en mesure de répondre seuls à nos besoins ? Ne cherchons-nous pas l'avis et l'assistance des médecins, des blanchisseurs, des coiffeurs, et en fait, d'une multitude de personnes qui offrent leurs services ? Et nous faisons cela sans perdre notre individualité et sans sacrifier notre ego ! Pourquoi une telle attitude n'inclurait-elle pas un Maître de Yoga pour les besoins spirituels ? Après tout, comme mon Maître le dit souvent, quand un homme est dans une condition physique grave, il s'abandonne littéralement au médecin, se laisse anesthésier et perd toute conscience, si bien qu'il ignore ce qui se passe. Cet abandon au médecin se fait simplement sur la base du ouï-dire, de sa réputation ou de ses diplômes. La raison pour laquelle nous ne pourrions pas nous abandonner, de la même façon, à un Maître de Yoga, est une chose qui dépasse l'entendement. Je suis heureux de constater d'après nos voyages en Occident, que la mentalité occidentale semble changer et est maintenant prête à chercher un guide dans une sphère tout à fait vitale pour son existence. Ce changement est quelque chose qui doit être encouragé et développé pour devenir universel.
Je vous ai donné ici quelques idées que mon Maître m'a inculquées. Mon Maître est assis devant vous ; il est venu en Occident uniquement pour proposer ses services, en mettant à votre disposition l'aide la plus élevée pour atteindre l'unité ou l'identification avec le Créateur. Je demande à tous de participer à son programme et de prendre conscience du bénéfice que sa présence parmi nous peut conférer.
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