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La religion divise – la Spiritualité unit
Auteur : P. Rajagopalachari
(Réunion publique-6 septembre 1992- Cœur à cœur - Vol 5 Page 379)
Chers amis, je suis heureux d'être ici avec vous tous et de dire quelques mots sur le Sahaj Marg, le système de yoga que nous pratiquons. Souvent lorsque je voyage, particulièrement sur les routes de l'Inde, nous nous arrêtons pour demander notre chemin. Je ne sais pas combien d'entre vous sont allés en Inde mais les routes n'y ont ni signalisation ni numérotation. Nous devons souvent demander quelle est la direction pour tel ou tel endroit, et alors quelqu'un nous dit: « D'après mon expérience, c'est le meilleur chemin. » et il indique une direction particulière. Cela m'a permis de pénétrer une vérité selon laquelle nous trouvons notre chemin à travers les expériences des autres. Bien sûr, nous ne pouvons pas passer par les mêmes expériences que tout le monde. Nous sommes des millions, il y a des millions de voies. Ainsi nous devons arriver d'une certaine manière à une compréhension intuitive de nos besoins et de la voie que nous devons suivre.
Lorsque je suis venu pour la première fois en Europe, en 1968 je crois, je ne me souviens pas exactement, j'ai été stupéfait de découvrir qu'un même fleuve avait des noms différents dans divers pays. Le Danube par exemple, je lui connais au moins trois noms différents. Et bien sûr il y avait tous les problèmes politiques pour savoir quel était le nom juste. Avec un nom donné on vous comprenait dans un pays et dans l'autre pas. Si vous disiez Dunav au lieu de Danube, vous deviez vous expliquer. Donc comment une même chose peut-elle avoir plusieurs noms, amenant ainsi la confusion, provoquant souvent des divergences d'opinion, des dissensions, des conflits? Puis j'ai commencé à pratiquer le yoga. Vous me permettrez de parler un peu de mes expériences sur le chemin spirituel parce qu'elles prouvent le bien-fondé de ce que je fais pour moi-même.
Dans ce système de yoga, mon Maître a toujours dit qu'il est nécessaire que vous fassiez vous-même la preuve du bien-fondé de votre pratique. Si vous pratiquez et si vous trouvez ce que vous cherchez, c'est la meilleure preuve que la voie que vous suivez est juste. J'ai débuté sans aucune assistance que ce soit celle d'un guru , d'un professeur ou d'un maître. J'ai commencé avec des livres. J'ai reçu une éducation chrétienne à l'école. Au cours de ma scolarité, j'ai reçu une instruction protestante pendant à peu près huit ou neuf ans; la fréquentation de l'église était obligatoire ainsi que la lecture de la Bible et j'ai dû passer un examen sur l'évangile selon Saint Marc avant de pouvoir me présenter à mon examen final (Senior Cambridge Examination comme on l'appelait à l'époque). Cela m'a donné un très bon aperçu de la religion.
En fait sans vouloir faire d'indiscrétion, au sein de ma propre famille, mon frère cadet plus particulièrement et moi-même avons été profondément influencés par le Christ – sa compassion, sa miséricorde, son amour, qui eurent une influence déterminante sur nous. Mon frère s'est presque converti au christianisme. Il s'est alors produit quelque chose. J'ai commencé à étudier à Calcutta où j'ai découvert par hasard l'enseignement de Ramakrishna Paramahamsa – je suis sûr que ce nom est familier à certains ou à beau coup d'entre vous – et j'y ai trouvé une énorme richesse d'enseignements, presque le parallèle de ce qui est enseigné dans le christianisme, si ce n'est le fait que les mots employés sont d'une langue différente, que la compréhension est différente et que nous avons fait l'erreur de croire que le dieu est différent.
J'avais l'habitude de me rendre dans les ashrams de la Ramakrishna Mission dans différents pays lorsque j'avais des problèmes et de méditer bien qu'à l'époque je n'aie pas encore commencé à méditer systématiquement sous la conduite de mon Maître. Lorsque j'étais en Europe et que j'avais des problèmes, j'allais m'asseoir dans les églises et je méditais. Et j'ai eu ce que j'appellerais humblement des révélations sur le christianisme, sur le Christ lui-même. J'ai eu des visions du Bouddha. En fait, j'ai été tenté par l e christianisme, par le bouddhisme, par les enseignements
de Rama krishna et de Vivekananda. J'ai été attiré dans plusieurs directions mais finalement j'ai découvert qu'elles ne formaient toutes qu'une même direction et que leurs différences apparentes n'existaient que dans mon esprit, dans ma perception. Toutes parlaient de la même chose.
Gautama quitta sa famille après avoir vu certaines choses qu'il n'aurait pas dû voir. Vous savez, il avait une vie très protégée; c'était un prince, marié, avec un enfant et toute sortie lui était interdite; mais un jour il sortit et vit un cadavre qu'on transportait pour l'incinérer, il vit un homme malade, il vit aussi un vieil homme et bien d'autres choses. Alors il rentra profondément perturbé. Il dit: « Qu'ai-je donc vu là? » On lui répondit: « Oui, tout cela existe. L'homme est né pour vieillir, il est possible qu'il tombe malade et finalement tout le monde meurt. Donc il n'y a pas de raison d'être perturbé. » Il dit: « Non, non, ce n'est pas la vie que je cherche. Je cherche une vie dans laquelle il n'y ait ni naissance ni mort, où il n'y ait pas de maladie, où il n'y ait pas de vieillesse. » Et il partit de chez lui, il quitta son palais, il quitta sa femme, il quitta son enfant; il médita et atteignit ce qui est appelé l'état de bouddha . Il est faux de dire que Gautama était le Bouddha. Gautama atteignit l'état de bouddha . Le bouddha est un principe. Selon la tradition, il y a eu beaucoup de bouddhas avant lui. Gautama fut l'un d'entre eux.
Ensuite j'ai commencé à méditer sous la conduite de mon Maître et je lui ai demandé: « A quelle religion appartenez-vous? » parce qu'il vient d'une région du Nord de l'Inde où les gens sont hindous mais ressemblent un peu à des musulmans, comme vous pouvez le voir sur cette photo. Il me répondit: « Je suis né hindou mais maintenant je n'ai plus de religion. » J'étais choqué. Je me suis dit: « Cet homme est un Saint, un Enseignant, un Maître et il dit qu'il n'a pas de religion! » Alors j'ajoutai: « Babuji, comment est-ce possible? Vous enseignez à des milliers de gens la voie de Dieu, la voie vers Dieu. » Il dit: « Ce n'est pas seulement la religion qui donne Dieu.
C'est Dieu qui donne la religion et nous pouvons suivre la religion de notre choix notamment celle dans laquelle nous sommes nés. Vous êtes né hindou, un autre est né chrétien, un autre encore est né bouddhiste mais le Dieu de toutes les religions est le même. » Ce fut l'une des premières choses qui m'amenèrent à accepter mon Maître parce que j'avais connu cela moi-même.
Lorsque nous étudions l'histoire des êtres humains sur la terre, comment ils se sont combattus, nous réalisons la vérité de ce vieil adage: « La religion a fait plus de morts que les guerres » sur quoi nous sommes-nous battus, pourquoi avons-nous combattu: « Mon dieu est plus grand que le vôtre » alors que nous prétendons que Dieu est Un. Il ne peut y avoir deux Dieux, l'Infini ne peut être qu'un; cependant même des gens intelligents cultivés disent: « Mon Dieu est le seul Dieu, votre dieu n'existe pas. »J'avais commencé à étudier le bouddhisme. J'ai été tenté de me faire bouddhiste parce qu'à nouveau j'ai trouvé cette profonde vérité selon laquelle Dieu est à l'intérieur. Bouddha méditait, lui aussi trouva son but final, son émancipation finale, son mahaparinirvana ( nirvana suprême) comme le dit la religion bouddhiste, sous l'arbre de bodhi (l'arbre de l'éveil) après quarante jours de méditation.
Jésus-Christ aussi découvrit son but par la méditation. Si l'on en croit la tradition, le Prophète Mahomet trouva également son but par la méditation. Alors mon Babuji Maharaj, mon Maître, m'a dit: « Rappelle-toi mon fils, que Bouddha n'était pas bouddhiste. Ce qu'il a enseigné est devenu la religion bouddhiste. Son enseignement n'était pas une religion. Ce qu'il a enseigné était une façon de vivre, comment mener sa vie, comment être humain, comment pratiquer les vertus de chasteté, d'austérité, de compassion, de miséricorde et par-dessus tout d'amour. Si vous considérez les enseignements de tous ces grands prophètes du passé, vous découvrirez qu'un même fil conducteur les parcourt, leur est commun à tous, la nécessité d'aimer. « Aime ton prochain comme toi-même » La bhakti des hindous que le seigneur Krishna appelle amour de Dieu, est comme le fil qui maintient ensemble les perles d'un collier, ainsi que le dit la Gita. Souvent les gens se sont demandé si c'était les perles qui étaient importantes ou bien le fil qui les maintient en collier. Si le fil n'était pas là il n'y aurait pas de collier, les perles seraient éparpillées sur le sol et nous serions en train de les chercher partout.
Ainsi quand nous nous engageons dans cette étude sans préjugé, sans bigoterie religieuse, sans l'étroitesse d'esprit de certaines traditions qui disent: « Je suis le seul dieu, tu es mon seul disciple etc. » nous découvrons que les enseignements de toutes ces grandes religions du passé, des prophètes du passé, sont identiques dans leur essence . Ainsi mon Maître a dit: « Lorsque vous avez découvert cette vérité, à savoir qu'ils ont tous enseigné la même chose que ce que mon Grand Maître, mon Lalaji Maharaj a enseigné, pourquoi chercher ici et là? Pratiquez ce qu'ils ont pratiqué. »Si quelqu'un mange une glace et la trouve bonne, nous devons aussi manger de cette glace pour dire qu'elle est bonne. C'est l'expérience qui procure les plus grands sommets de connaissance et les plus grandes profondeurs d'intuition et de sagesse. Ainsi dans ce système, nous méditons pour rechercher ce principe infini ultime que vous nommerez comme bon vous semble. Pour moi que vous l'appeliez Bouddha, Christ, Krishna ou de tout autre nom, cela n'a pas d'importance parce qu'après tout c'est un principe sans nom. C'est nous qui attribuons des noms. Dieu ne s'est jamais présenté sous aucun nom. Il a dit: « Je suis ici, viens à moi. »Alors si j'ai pu trouver consolation et réconfort dans une église bien qu'étant hindou de naissance, je ne vois pas pourquoi je n'irais pas dans une église quand bon me semble. Ayant médité dans les halls de méditation des bouddhistes ou de la Mission Ramakrishna et y ayant trouvé consolation, réconfort, secours, aide et de l'amour avant tout, je ne vois pas quelle est la différence entre les églises et les halls de méditation de ces gens. Lorsque je médite dans nos propres halls de méditation ici et que je trouve la même chose, la même vérité, le même amour qui pénètre toute chose, les mêmes bonté, gentillesse, compassion, miséricorde, alors pour moi maintenant il n'y a aucune distinction entre une religion et une autre, entre un dieu et un autre. Pour moi il ne s'agit que d'une seule et même chose connue sous différents noms dans différents pays, adorée différemment selon différentes traditions. Mais si le cœur participe à cette vénération, la manière d'adorer n'a pas d'importance.
Nous avons un dicton en hindi qui dit: « Aime, c'est-à-dire sois aimant, peu importe de quelle façon tu montres cet amour. » A un enfant, nous apportons un jouet; à un guru qu'apportons-nous: un fruit, une fleur. Pour la bien-aimée, nous prendrons quelque chose qui lui fera plaisir. Dans chaque cas c'est l'expression de notre amour. Ainsi dans la tradition orientale, offrir un cadeau c'est découvrir la façon d'exprimer cet amour. Ce cadeau n'a pas besoin de coûter cher ni d'être présenté dans un bel emballage, il doit simplement pouvoir exprimer mon amour pour celui à qui il est destiné. Mon Maître m'a dit une fois: « Quand ton chien vient vers toi en remuant la queue, il t'apporte un os qu'il a trouvé dans le jardin. Pour le chien l'os est l'objet le plus précieux. Il adore les os. Mais si tu lui dis: « Non, non, je suis brahmane , je suis hindou, je ne peux pas toucher un os » tu ne seras pas en mesure de répondre au geste du chien. Prends-le, lance-le et demande au chien de le rapporter. Et c'est un jour formidable pour le chien et pour toi-même. »Ainsi voyez-vous, tous les présents doivent être des présents d'amour. J'ai été profondément influencé par une histoire que j'ai lue il y a longtemps, “Le cadeau des Rois Mages”. Je ne me souviens pas qui l'a écrite. Il s'agissait d'un jeune couple d'amoureux très pauvres qui vivaient dans une mansarde avec un vasistas d'où ils pouvaient regarder les étoiles. Elle avait de beaux et longs cheveux d'or, et avait l'habitude de contempler dans une vitrine une paire de peignes dont elle avait très envie. Lui, possédait une belle montre, et contemplait un gousset, une chaîne en or qu'il désirait pour sa montre. Noël approchait et ils n'avaient à eux deux que deux pennies et demi. Il leur en aurait fallu mille fois plus pour que chacun puisse acheter le cadeau qu'il voulait offrir à l'autre.
La veille de Noël, ils partirent chacun travailler le matin, et tous deux en rentrant le soir eurent un choc. La jeune fille avait coupé ses cheveux pour les vendre et offrit un présent à son bien-aimé. Il l'ouvrit et y trouva la chaîne pour sa montre, le gousset. Il le replia soigneusement et la mit de côté. Elle demanda: « Pourquoi ne la mets-tu pas à ta montre? » Il répondit: « Chérie, nous le ferons plus tard. » Elle insista: « Pourquoi pas maintenant? » Il dit: « Ouvre ton paquet, tu comprendras. » Dans le paquet se trouvaient les peignes dont elle avait envie pour ses cheveux d'or. Il avait vendu sa montre pour lui acheter les peignes, elle avait vendu ses cheveux pour lui acheter sa chaîne de montre. Ils tombèrent alors dans les bras l'un de l'autre et pleurèrent de joie et d'amour devant le sacrifice que chacun avait fait pour l'autre.
L'amour doit se montrer par le sacrifice. Là où l'amour existe, le sacrifice doit être présent, car ils sont finalement la même chose, les deux faces d'une même pièce. Il ne sert à rien de dire : « J'aime » et de fuir ce que l'on aime. Etes-vous capables de vous sacrifier pour cela? Et quand on aime, ce n'est plus un sacrifice, c'est quelque chose que l'on fait avec beaucoup de naturel et de spontanéité, comme une mère pour ses enfants.
Ce sont là des principes spirituels. Le premier enseignement que m'a donné mon Maître fut le plus important: « Là où la religion prend fin, commence la spiritualité. » Son deuxième enseignement capital a été que les religions ont servi à diviser l'humanité et les êtres humains en différents cultes, différentes sectes, différentes religions se combattant, se méfiant les uns des autres, se haïssant. La spiritualité unit parce qu'ici nous n'adorons pas un dieu avec un nom, nous n'adhérons à aucun principe exprimé dans un texte particulier; mais nous sommes partisans de l'éthique, d'une vie morale, du besoin d'aimer chacun comme nous-mêmes, du besoin d'aimer et par conséquent de se sacrifier. Cela peut aller jusqu'au sacrifice ultime, tout comme Jésus-Christ qui donna sa vie pour ceux qu'il aimait.
Ainsi comme le disait mon Maître, la spiritualité unit les gens. La bigoterie des religions n'existe plus, le séparatisme des cultes n'existe plus. Le problème de savoir quelle est la vraie religion, quel est le vrai dieu n'existe plus, comme s'il pouvait y avoir un vrai dieu et un faux dieu! Un faux dieu pourrait-il seulement exister? Il y a un Dieu unique, tout le monde le sait. Alors comment votre dieu et le mien pourraient-ils être différents? Ne devrions- nous pas immédiatement nous serrer la main et nous réconcilier avec ces mots: « Bon sang, nous nous comportons comme des imbéciles depuis trois siècles, trois siècles et demi – cinq siècles, dix siècles, proclamant la vérité sans la mettre en pratique. Votre dieu est le même que le mien; votre religion est la même que la mienne; vos principes sont les mêmes que les miens, si ce n'est que vous Européens, mangez avec un couteau et une fourchette, tandis que je mange avec les doigts. Mais nous mangeons la même nourriture. »Ainsi la spiritualité cherche à rassembler les gens, à réaliser cette synthèse prodigieuse et transcendante, l'unification de l'humanité au sein de laquelle les valeurs humaines doivent être cristallisées par la pratique de la méditation sur le cœur. Quelles sont ces valeurs humaines? J'en ai parlé longuement. Ce sont avant tout l'amour et la compassion. Il est inutile de faire l'éloge de la miséricorde, de la compassion et de l'amour du fondateur de nos religions respectives. Si je veux être un véritable hindou, je dois pratiquer les principes du fondateur de ma religion: l'amour, la compassion et la miséricorde. Quiconque se prétend un véritable chrétien doit également être capable de suivre ces mêmes principes énumérés par le Christ: l'amour, la compassion et la misé ricorde. Si vous êtes bouddhiste, de nouveau mettez-vous en pratique ces mêmes principes d'amour, de compassion et de miséricorde? Si ce n'est pas le cas, nous trahissons nos religions respectives. Nous n'avons même pas le droit de prononcer le nom du fondateur de notre religion. Ce serait je pense le comble du blasphème que, sans pratiquer, sans adhérer aux vraies valeurs de la vie, sans aimer toute l'humanité comme le faisait le fondateur de notre religion, sans se sacrifier comme il le faisait, nous continuions d'invoquer son nom.
Vous savez, pour moi la Bible a été un texte d'une grande profondeur. Comme je vous l'ai dit, j'ai pratiqué le christianisme pendant huit ans environ. Je n'y étais pas converti mais je le pratiquais: c'était obligatoire. Six mois après avoir rencontré mon Maître, j'eus un jour en méditation une révélation des plus profondes et des plus bouleversantes; j'en fus littéralement décomposé: c'était la vision de la crucifixion de Jésus-Christ. J'avais devant moi le mont, le Christ portait sur l'épaule cette énorme croix, fouetté par les soldats romains, hué au passage par les Juifs, à ses côtés les deux ou trois croix sur lesquelles les voleurs étaient crucifiés. Le Christ fut crucifié et j'entendis son dernier cri: « Eloi, Eloi, lama sabacthani. » J'en fus bouleversé.
J'étais si profondément ému que j'étais en larmes et Babuji Maharaj s'étonna: « Pourquoi pleures-tu aujourd'hui en méditation? » Je lui dis que j'avais eu une révélation: « Aujourd'hui j'ai vu Jésus-Christ crucifié. » Il ajouta: « Tu vois, tu es hindou et tu as eu une vision du Christ, de sa crucifixion, de l'aspect le plus important de sa vie, son émancipation finale. Pourquoi faudrait-il être chrétien pour avoir une foi chrétienne, une révélation chré tienne? N'as-tu pas eu également de vision du Bouddha? » Je répondis que oui. « Et de Krishna? » Car trois jours plus tôt, le jour de l'anni versaire du Seigneur Krishna, j'avais une vision de lui assis sur une balançoire, le bras droit levé en signe de bénédiction et une lumière bleue rayonnant depuis la paume de sa main droite jusque dans mon cœur.
Ainsi voyez-vous, l'expérience personnelle est la meilleure des preuves (1) [(1) NDT: Chariji utilise ici un dicton anglais: « C'est précisément en le mangeant que l'on fait l'épreuve du pudding. » ]. J'ai expérimenté les vérités de toutes ces grandes croyances, des expériences personnelles fondamentales, bouleversantes et ébranlantes; en méditant sans appartenir à aucune religion, sans dieu portant un nom particulier, sans culte systématique, car ici le culte est dirigé vers le principe divin ultime en nous. Toutes les religions ont produit des mystiques, précisément appelés ainsi parce qu'au lieu de rechercher Dieu à l'extérieur, ils le recherchaient à l'intérieur d'eux-mêmes, dans leur cœur. Les mystiques ne reconnaissent aucune religion, ils naquirent chrétiens mais devinrent mystiques; ils sont nés musulmans mais sont devenus des mystiques qu'on appelle soufis; ils sont nés hindous mais sont devenus des mystiques appelés rishis ; et ils ont atteint ce qu'ils ont finalement atteint en étant mystiques. Voici donc l'important message de la spiritualité: Dieu est un . Ne commettez pas l'erreur de penser que votre dieu et mon dieu sont différents, car vous tomberiez alors dans le piège de penser que puisque vous êtes Danois et moi Indien, votre dieu devrait être danois et le mien indien. C'est idiot! Ou encore, parce que vous êtes chrétien et que je suis hindou, vous devriez avoir un dieu chrétien et moi un dieu hindou. Notre Dieu unique doit tous nous unir en une seule humanité.
Nous sommes nés Danois mais nous devons devenir des êtres humains; nous sommes nés Allemands mais nous devons devenir des êtres humains; nous sommes nées femmes mais nous devons devenir des êtres humains. Hommes, femmes, Danois, Français, chrétiens, hindous, ou Africains de Tombouctou… qu'importe où nous sommes nés, nous devons devenir des êtres humains et réaliser qu'en tant qu'enfants d'un Dieu unique, nous sommes tous frères et sœurs sur cette terre, avec pour devoir de nous entraider. Liés par le devoir de nous entraider – non pas de faire la charité et de porter assistance aux nations qui souffrent – mais d'offrir notre aide comme nous le ferions pour notre propre frère au Danemark s'il était dans la souffrance. Relevez-le quand il tombe, tout comme le Christ qui se risquait même à ressusciter les morts, comme ce fut le cas pour Lazare. Pratiquez les enseignements de votre propre temple, de votre religion ou de votre église de sorte que le Dieu que vous vénérez puisse être content de vous et dise finalement un jour : « Mon fils, tu es mon fils et je suis fier de toi. »
Merci.
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