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Moralité et Ethique

Questions -Réponses -P .Rajagopalachari
(Calcutta - 22/12/1987 - publié dans "Principles of Sahaj Marg Volume 8)

Q.: S'il vous plaît, expliquez nous le système du Sahaj Marg du Raja Yoga.

R.: Il s'agit essentiellement d'un système de sadhana spirituelle basé sur l'ancien système du Raja Yoga. La majorité de nos auditeurs sont sans doute familiers avec les soutras du Yoga de Patanjali, appelé également Ashtanga Yoga Paddhati. Il y a huit étapes: on commence par Yama et Niyama, puis on passe par Asana et Pranayama et on va jusqu'à Pratyahara, Dharana, Dhyana, Samadhi. Mais le système moderne d'entraînement et de pratique spirituelle donné par mon Maître Shri Ram Chandraji Maharaj de Shahjahanpur a éliminé la plupart de ces étapes. Du moins, les quatre premières sont effectivement éliminées. En effet, Yama et Niyama sont supposés former les deux ingrédients de base d'une vie spirituelle ou morale en nous inculquant les pratiques de la vérité (brahmacharya), de la non-­apreté au gain, de la non-convoitise du bien d'autrui, des choses de cet ordre! et en fixant certaines valeurs éthiques fondamentales dans nos vies. Ainsi, ils ne constituent pas à proprement parler des étapes de la sadhana du Yoga en tant que tels mais bien des valeurs morales, des valeurs éthiques, que nous devrions avoir acquises par notre famille, nos parents, nos écoles. Et comme tels, ils n'appartiennent pas strictement à une Sadhana Paddhati. C'est l'opinion que j'ai apprise de mon Maître.

Même Patanjali définit Asana comme une posture que l'on adopte pour le temps de la méditation, peut-être pour une heure, peut-être pour deux heures. Patanjali lui-même la définit comme "Sthira sukham asanam" la position qu'on peut tenir confortablement, qu'on peut maintenir fermement durant le temps qu'on désire méditer. Cela, c'est Asana. Or, durant la méditation, la fréquence du souffle s'ajuste automatiquement d'elle-même. C'est l'expérience confirmée par tous nos abhyasis praticiens: quand nous glissons ou coulons de plus en plus profondément dans la méditation, le cycle respiratoire se ralentit très considérablement. J'ai moi ­même expérimenté que pendant la méditation, à un certain niveau ou à un certain point, on devient à peu près sans souffle. Et bien, il n'est pas correct d'appeler cela un état sans respiration, mais il y a suspension du souffle et cette suspension peut durer presque indéfiniment. Je l'ai expérimenté durant deux, trois minutes et un jour, cela dura même six minutes et demie. Mon Maître avait mesuré le temps. Il m'a dit: "Sais-tu qu'aujourd'hui tu étais sans souffle, que tu n'as pas respiré pendant près de six minutes et demie?" Alors il m'expliqua que ce n'est que par cette pratique que les Yogis du passé pouvaient réaliser cette chose dont on parle si Souvent: être enterré pour deux, six ou quarante jours là où il n ' y a pas d'air , pas d'oxygène. C'est par la suspension du souffle et non en stockant de l'oxygène dans les poumons ou n'importe quoi d'autre.

Ainsi, Pranayama est le résultat de la méditation. Il s'ajuste lui-même aux exigences du système, du système spirituel et, malheureusement, Pranayama ne peut créer cet état, qui est créé seulement par la méditation. Ainsi quelque chose doit être compris: Pranayama est un résultat dans le sens où un état méditatif ou contemplatif aboutit à un état de respiration minimale mais par contre, le cycle respiratoire ne peut induire un état de contemplation ou de méditation profonde.

Ainsi, ces quatre premières étapes, mon Maître les a supprimées, comme étant non seulement inutiles mais aussi impraticables en ces temps modernes. Cela prend des années et des années pour atteindre un tel état contemplatif. C'est ce que le Soutra de Patanjali dit. Un jour, lors d'un voyage, j'ai eu le privilège de visiter une des autres Missions (indiennes) à l'étranger. j'y ai rencontré une dame, une Française je crois. Elle était dans cette Mission-là depuis vingt ans. Mon Maître parlait avec le Chef de cette Mission et je faisais un tour dans le jardin en devisant avec cette dame. Je lui dis: "Combien de fois et combien de temps méditez-vous chaque jour?" Elle répondit: "la méditation, je ne peux pas encore la faire." je lui dis: "Que voulez-vous dire par "je ne peux pas encore la faire?" Vous êtes ici depuis vingt ans. Ne pensez-vous pas que vous êtes suffisamment qualifiée pour la faire?"

Elle répondit: "Non, non, Monsieur Chari, vous savez, j'ai été à la crèche pendant trois ans, puis j'ai été à la cuisine pendant trois ans, puis j'ai été au jardin pendant trois ans et puis à la buanderie pendant trois ans. Swamiji dit que je dois continuer à me perfectionner dans chacun des aspects de l'existence matérielle avant d'être suffisamment prête pour méditer."

Alors plus tard, lorsque je sortis avec mon Maître, je demandai: "Babuji- nous avons l'habitude de l'appeler ainsi affectueusement -qu'est-ce que cela veut dire? Ces gens enseignent que nous devrions nous préparer pendant vingt cinq ou quarante ans avant de pouvoir méditer!" Il répondit: "C'est une stupidité. Ils enseignent aux gens qu'il est nécessaire d'apprendre à méditer mais l'on ne peut apprendre à méditer qu'en méditant!" Pendant un moment, j'ai eu quelques difficultés à comprendre. Mais plus tard, j'ai compris qu'on apprend à rouler à bicyclette uniquement en l'enfourchant. On ne peut pas apprendre la théorie à terre, puis monter sur le vélo et le maîtriser instantanément. On apprend à diriger un cheval en le montant. Bien sûr, il y a toujours le danger d'être rejeté et nous devons y être préparés. Ainsi, c'est la méditation elle-même qui nous enseigne comment méditer. C'est de là que nous partons. Dès le premier jour, nous commençons la méditation. Et mon Maître dit que pour la méditation, nous devrions adopter la chose la plus subtile que nous puissions adopter, parce que Dieu est la chose la plus subtile de la création -si vous voulez bien accepter cette idée bien qu'Il soit Lui-même le Créateur. Ainsi, dans ce système, nous méditons sur la lumière dans le cœur comme étant la chose la plus subtile que nous puissions adopter. Nous ne préconisons et ne recommandons ni nom de Dieu ni forme de Dieu car chaque forme et chaque nom deviennent des limitations. Et un concept limité ne peut conduire qu'à un but limité et à une réalisation limitée de ce but. C'est pourquoi nous adoptons, dans ce système du Sahaj Marg, la méditation sur la lumière dans le cœur, parce que c'est dans le cœur qu'est supposée se trouver la présence Divine. C'est un fait admis dans toutes les religions. Ainsi, nous plaçons la Divinité dans le cœur sous une forme invisible et nous méditons sur l'éclat qui jaillit de cette présence, en imaginant que le cœur est illuminé de l'intérieur. Substantiellement, c'est ce que nous faisons pendant la méditation.

Dans le Sahaj Marg, nous avons l'aide énorme, quasi illimitée du Maître qui est capable de transmettre dans le cœur de l'abhyasi Sa propre réalisation spirituelle sous forme de transmission, qui est appelée Pranahuti en Sanskrit et qui est définie comme l'utilisation de l'énergie divine pour la transformation de l'homme. Ceci constitue la deuxième caractéristique saillante et importante du Sahaj Marg.

Il y a un troisième aspect qui est très important et que nous appelons le système du Nettoyage (Cleaning). Chaque soir, nous nous asseyons comme si nous allions méditer et imaginons que la Grâce du Maître entre à flot par-devant nous, qu'elle nettoie les impressions accumulées au cours de la journée par nos actes et pensées en les évacuant par l'arrière sous forme de fumée ou de vapeur. Nous pourrions dire que c'est un processus d'autosuggestion. Mais c'est un processus renforcé par la volonté de telle sorte que toute chose captée durant la journée -toutes les impressions, qu'elles soient bonnes, mauvaises ou indifférentes, cela n'a pas d'importance -toutes les impressions sont effacées. Selon l'enseignement du Sahaj Marg de mon Maître, ces impressions se durcissent pour former ce que nous appelons les samskaras qui, à leur tour, façonnent le canevas de nos existences futures. Ceci est, en résumé et en substance, chers frères et sœurs, le paddhati Sahaj Marg du Raja Yoga modifié pour convenir aux temps modernes. Son eftïcacité a été démontrée tant en Inde qu'à l'étranger. Nous invitons tous les aspirants à l'essayer et à l'éprouver par eux-mêmes dans leur propre vie spirituelle.

Q.: Quelle portée l' éthique a-t-elle sur la vie de l' homme ?

R.: Selon les enseignements de mon Maître, l'éthique se réfère à l'attitude et au comportement de chacun dans ses relations interpersonnelles avec les autres êtres humains. En essence, c'est ce qui guide nos relations avec l'univers extérieur. Je pense qu'il y a une tendance plutôt malheureuse à imaginer que la morale ne s'applique qu'aux comportements avec les êtres humains. Peut-être est-ce l'aspect le plus important de la morale ou du comportement éthique comme tel. Mais, par les enseignements de mon Maître, je comprends que le concept de la morale doit être un concept total, un concept global qui, dans la terminologie moderne par exemple, embrasse toute la vie. Dans l'immensité ou l'intïni du concept védique indien, la vie englobe tout, de la vie minérale à la Divinité elle-même. Donc, l'éthique gouverne notre relation avec la vie entière, de quelque nature qu'elle soit, quelle que soit la façon dont nous la comprenions: la façon dont nous traitons les minéraux, dont nous traitons les plantes, les animaux, les oiseaux, les anges et même les dieux. Actuellement, nous voyons que, spécialement dans la vie indienne, il y a ou il y a eu une tendance très nette qui a abouti à la détérioration des valeurs éthiques gouvernant l'existence humaine. A tel point que l'on peut presque dire qu'une attitude totalement égoïste reflète un manque de morale ou de comportement éthique par exemple. Donc, quand nous devenons désintéressés, nous pouvons en un sens dire que nous sommes plus éthiques que celui qui est égoïste.

Ainsi, l'éthique n'est que l'ensemble des règles de comportement qui ont été créées, telle que, par exemple, "Sathyam vada, dharmam chara" en sanscrit. Elles reflètent essentiellement l'attitude de quelqu'un vis à vis du monde extérieur et facilitent existence intérieure, paix, croissance, développement, évolution jusqu'au niveau le plus élevé. Il ne faudrait cependant pas l'ignorer ni sous-estimer sa valeur, car sans éthique ce qui doit arriver ultérieurement ne peut survenir, car l'éthique pose les fondations d'une existence culturelle et, en cela, elle forme la base de l'existence humaine comme telle.

Q.: Qu' est-ce que la moralité ?

R.: En fait, cela découle de la question précédente sur l'éthique. J'ai dit en réponse à votre question précédente que l'éthique parle des attitudes à avoir vis-à-vis de l' univers extérieur, vis-à-vis de tout sauf de soi-même. Je pense que la moralité, c'est juste l'inverse: c'est ce que quelqu'un fait de lui-même. L'attitude que nous avons par rapport à notre propre Soi est essentiellement ce que nous entendons par moralité dans le système du Sahaj Marg. On met beaucoup trop d'emphase, non seulement en Inde mais aussi à l' étranger, sur le rapport entre la moralité et la seule morale sexuelle. Je crois qu'on peut voir ce phénomène s'amplifier dans la vie indienne. Si un homme reste fidèle à sa femme et ne va pas s'amuser avec d'autres, cet homme est supposé être moral même s'il pille les gens, s'il se livre au brigandage, s'il gagne de l'argent par des moyens illégaux; tout cela est permis par un concept de moralité limité à la relation entre les deux sexes.

Or, d'après l'enseignement de mon Maître, ceci amoindrit et limite la signification de la moralité. Car la moralité concerne ce que quelqu'un fait de lui-même, non pas ce que quelqu'un fait avec les autres. Ainsi, prenons les enseignements de la Gîta par exemple et comprenons de façon implicite ce que Lord Krishna dit à Arjuna: "Tu es un guerrier, tu es de la classe kshatriya. Ta vie dépend de ton devenir en tant que kshatriya. Sois un kshatriya. Peu importe la façon dont tu vis ou meurs. Peu importe que tu g(;\gnes ou que tu perdes la guerre, un kshatriya est né kshatriya, un kshatriya doit exister en tant que kshatriya et un kshatriya doit mourir comme un kshatriya." Mon Maître avait l'habitude de dire- je crois que c'était une affirmation stoïque -que lorsque quelqu'un part à la guerre, il revient soit avec le bouclier, soit sur le bouclier. C'est ainsi que l'on combat.

Ainsi, c'est un aspect de la moralité qui gouverne l'intégrité personnelle. Cela signifie que l'on doit être soi-même en toutes circonstances. Dites ce que vous pensez, pensez ce que vous dites. C'est le principe fondamental, la racine de l'existence morale que de ne pas dire une chose quand nous en pensons une autre ou que d'essayer de vouloir dire une chose quand nous en disons une autre. De ceci découle, comme si c'était des racines, la conception suivante de la moralité: nous devons nous comporter comme si notre existence entière était impliquée dans chaque comportement. Si nous pouvons faire cela, si nous pouvons engager toute notre personne dans chaque pensée et dans chaque action, alors ce n'est plus seulement implicite mais cela devient clair que mon existence entière dépend de ce que je dis et fais. C'est mon intégrité, la présentation parfaite de moi-même, dirais-je, et qui se reflète dans tous les gestes, dans toutes les paroles, dans la façon dont on agit et dont on se comporte. La moralité englobe donc la moralité sexuelle. Elle n'exclut pas ce qui n'est pas moralité sexuelle, ce qui est une tendance malheureuse des temps modernes. Peut-être est-ce une réaction contre l'état permissif de la société dans beaucoup de nos pays.

Ainsi, la moralité peut être définie très simplement par les mots de mon Maître: être honnête vis-à-vis de soi-même de façon à contribuer à son développement maximal. Parce que quand nous agissons mal- oubliez ce que nous faisons aux autres- le plus important, c'est ce que nous nous faisons à nous-mêmes. Quand je mens, c est a moi même que je mens. Quand je trompe quelqu'un, c'est moi-même que je trompe. Si je trompe quelqu'un et que je pense être un homme bon, un homme moral et éthique, je me mens à moi-même. Par conséquent, je me blesse moi-même. En fait, on peut dire qu'il s'agit d'un suicide spirituel. Ainsi, la moralité est de ne pas commettre de suicide spirituel. Ceci peut être une autre définition de la moralité.

Une troisième définition de la moralité provient d'une discussion sur le célibat, discussion que j'ai eue avec mon Maître. Que signifiait ce grand besoin de célibat? Nous voyons en effet que dans nos anciennes traditions, des rishis ont eu deux femmes. Les dieux sont toujours représentés avec deux femmes, Laxmi d'un côté, Saraswati de l'autre -Bhoodevi et Sridevi -Yagnavalkya avec deux femmes! Qu'est-ce que tous ces discours sur le célibat, quand tant de personnes, tous les gens importants du passé ont eu deux femmes. Mon Maître dit: "Le célibat n'a rien à voir avec la moralité per se." La moralité est ce que nous faisons de nous­ mêmes. Le célibat a été mis en vigueur parce qu'en nous occupant de la puissante énergie sexuelle de l'être humain, nous jouons avec l'énergie la plus puissante de l'Univers, l'énergie créatrice. Et on ne devrait pas jouer avec elle. Elle ne devrait pas être gaspillée, dissipée dans la recherche des plaisirs, pour des objectifs futiles. C'est quelque chose à protéger, à chérir, à nourrir, à tenir en réserve. Et comme les Shastras disent au sujet de l'énergie sexuelle -ils l'appellent ojas shakti -si elle est préservée, c'est comme une semence que l'on conserve dans son enveloppe, jusqu'au jour où, mise en terre, elle germe et devient une plante saine, un arbre plein de santé. La conception du Sahaj Marg concernant le célibat fait donc partie de la tradition morale et a plus à voir avec la conservation de l'énergie qu'avec le comportement personnel. Ainsi, nous en arrivons finalement à comprendre la moralité comme étant la conservation des ressources personnelles. Ne mangez pas trop parce que vous gaspillez l'énergie de la nourriture dont vous n'avez pas besoin. Ne dites pas de mensonges parce que vous vous servez de pensées qui pourraient être mieux utilisées. Ne vous dupez pas vous-mêmes parce qu'à nouveau, vous vous dupez par des moyens qui ne vous conduiront pas à la croissance ni au développement spirituel. Ne gaspillez pas l'énergie sexuelle, non pas parce que c'est immoral, mais parce que vous folâtrez avec des ressources énergétiques qui sont épuisables, qui ne peuvent être réapprovisionnées et qui, par une mauvaise utilisation, ruinent le système sur lequel vous jouez -vous-mêmes.

Ainsi la moralité à un stade ultime, frères et sœurs, est une conservation totale de toutes nos ressources. C'est comme enfermer une ressource d'énergie à l'intérieur d'une capsule, pareille à celles que l'on met dans les fusées: d'un seul coup, elle peut vous emmener d'ici jusque dans l'éternité. C'est ainsi que nous comprenons la moralité.

 

Méditation et Foi

Q.: Pourquoi le Sahaj Marg recommande-t-il la médiation sur le cœur ?

R.: Ceci est une question importante. En effet, dans la littérature du yoga, nous voyons qu'il a été recommandé de méditer sur le point du nez, sur le point entre les sourcils et différents autres points. Par exemple, dans la Bhagawad Gîta, Lord Krishna Lui-même dit: "Bhruvormadhye pranamaveshya samyak," c'est à dire "Portez vos ressources de vie sous forme de prana jusqu'au point entre les sourcils et méditez là-dessus." Mais dans le Sahaj Marg, nous méditons sur la lumière dans le cœur. La lumière est localisée dans le cœur. Mon Maître a expliqué que c'est pour trois raisons très importantes.

La première, c'est que le cœur est le siège de la Divinité dans le système humain, ainsi que dans tout autre système. Ceci est accepté universellement. Toutes les religions placent le Seigneur dans le cœur. Pas dans la tête ni dans l'estomac mais dans le cœur. Ainsi, quand vous voulez approcher la Divinité au travers de votre système, vous L'approchez par Sa présence dans votre cœur, ce qui est reconnu comme étant la antaryamin -celui qui réside à l'intérieur .La Gîta dit, le Seigneur dit dans la Gîta: " Je suis dans le cœur de tout être créé." Il ne s'agit donc pas seulement d'une autorité liée aux Ecritures mais d'une autorité universelle. En effet, il y a une croyance partagée par toute l'humanité: si Dieu réside quelque part, c'est dans notre cœur .

Deuxièmement, nous décrivons l'être humain par son cœur. Par exemple, nous utilisons des termes tels que "il a bon cœur", "une femme au cœur froid", "il a un cœur doux", "son cœur est aigri", "son cœur est noir comme du charbon." Ou encore "un cœur dur comme de la pierre". Ainsi, les qualités humaines, le caractère humain sont définis par le cœur. C'est ainsi que l'être humain est considéré. Si le cœur est là, il existe. S'il n'est pas là, il disparaît.

La troisième raison importante est que la vie humaine elle-même semble être concentrée dans le cœur. Tous les autres organes peuvent faire défaut. Vous pouvez couper les mains et les jambes d'un homme. Vous pouvez lui couper les doigts. Vous pouvez lui couper le nez. Mais si le cœur s'arrête, tout s'arrête. Ceci est une autre raison importante.

Selon mon Maître, la quatrième raison vraiment importante est qu'en nous concentrant ou en méditant sur le cœur, en un sens nous affectons le système entier de façon totale car la circulation sanguine commence et se termine dans le cœur. C'est à partir du cœur que tout dans le système circule. Tout est pompé dans le cœur, tout revient au cœur, purifié par les poumons. Et par conséquent, nous purifions le cœur, nous insufflons l'amour dans le cœur, c'est ce que nous essayons de faire dans le Sahaj Marg . C'est en un sens essayer de faire en sorte que se distille dans le cœur l'application d'une force unique, le pouvoir de l'amour, le pouvoir de la réalisation spirituelle du Maître et que du cœur, cette force se répande dans tout le système. Donc, les raisons vraiment importantes pour lesquelles nous méditons sur le cœur dans le système du Sahaj Marg sont les suivantes. Premièrement, comme je l'ai dit, c'est le siège de la Divinité. Deuxièmement, comme je l'ai dit, c'est ce par quoi la vie et le caractère humains sont définis. Troisièmement, c'est ce qui gouverne la vie, en ce sens que s'il bat, nous existons et que s'il s'arrête, nous cessons d'exister. Et quatrièmement, c'est le point duquel la circulation sanguine démarre et c'est celui où elle s'arrête. Vous savez, le sang est un constituant terriblement vital du système humain. C'est lui qui charrie l'alimentation dans tout le corps, qui ramène les déchets de l'existence, les fait circuler à travers les poumons, se purifie et circule alors à nouveau partout dans le système. Donc, le cœur et le sang forment une part ou un constituant vraiment vital de notre existence et si la purification leur est appliquée, elle s'infiltrera dans tout le système. Ce sont les quatre raisons importantes.

Maintenant, il faut peut-être que j'explique pourquoi nous ne méditons pas sur les autres points. En effet, c'est tout aussi pertinent. En ce point, le point entre les sourcils -Bhruvor madhye comme je l'ai mentionné -mon Maître a découvert par sa recherche qu'il y avait là un plexus, un centre de yoga responsable de la distribution du pouvoir à travers le système, le pouvoir à nu, le pouvoir brut, le pouvoir de l'existence- shakti comme on l'appelle en sanscrit. On pourrait dire que c'est comme le distributeur dans le système automobile à partir duquel toute la puissance est distribuée. Donc, lorsque quelqu'un médite sur ce point, il a ou il acquiert la capacité de contrôler shakti comme tel. Donc, c'est peut-être un chemin de shakti. Je n'en suis pas surpris parce que Lord Krishna s'adressait à Arjuna qui était un kshatriya, quelqu'un qui avait besoin de puissance pour la guerre, qui avait besoin de pouvoirs dont il pouvait disposer. Et c'est peut-être pour cette raison qu'il lui fut conseillé de méditer sur ce point. Mais, selon les enseignements de mon Maître, dans le Sahaj Marg, le pouvoir n'a rien à voir avec l'évolution spirituelle. En fait, d'après Son enseignement, on se développe au plus haut point et on doit un jour se dégager de son corps dans l'au-delà. Tous les pouvoirs, tous les acquis sont laissés ici, derrière nous. Que peut-on donc faire du pouvoir? Le pouvoir est utilisé tant que l'on est dans ce monde temporel, dans cette existence temporelle et puis il disparaît.

Donc, selon les enseignements de mon Maître, ce point n'est pas utile. Il n'a pas de rapport avec une sadhana spirituelle comme telle mais il peut être utile pour ceux qui ont besoin de shakti, ceux qui souhaitent acquérir des siddhis, des pouvoirs, des choses comme celles-là. Le même raisonnement s'applique à la méditation sur le point du nez où l'on peut, dit-on, acquérir des siddhis différents, par exemple la capacité de voir des choses que l'on ne peut voir avec les yeux, sentir des choses que l'on ne peut sentir avec le nez. En effet, les Shastras du Yoga parlent de la capacité à développer les pouvoirs de telle façon qu'il devient possible de sentir avec les oreilles, voir avec le nez et entendre avec les yeux ­toutes sortes de combinaisons amusantes sont possibles. Ce ne sont pas réellement des combinaisons, parce que c'est une réorientation d'une ressource ou d'une capacité au travers d'un autre canal. Donc, puisque l'évolution personnelle n'a rien à voir avec le pouvoir per se, nous ne méditons sur aucun point qui donne du pouvoir. Mais nous n'aspirons qu'à atteindre ce qui est le plus élevé, ce que nous appelons divinisation. En d'autres termes, nous pouvons dire que nous aspirons à élever la personnalité humaine jusqu'au point le plus élevé possible. Voilà pourquoi nous méditons sur la divinité dans le cœur. Je pense qu'il s'agit d'une réponse suffisamment longue pour une petite question !

Q.: Comment avoir la foi ou la développer en soi-même ?

R.: C'est quelque chose d'extrêmement important pour l'aspirant spirituel et non moins important pour celui qui ne l'est pas mais qui cherche à progresser dans ce monde. Car sans foi rien n'est possible. C'est le message de mon Maître: sans foi on ne peut rien faire. Maintenant, comment la développer? C'est évidemment une grosse question et, en se basant sur l'expérience de nos propres abhyasis, mon Maître était capable d'expliquer les choses de façon si simple. Prenez par exemple le questionneur lui-même. Son ami lui dit: "Voici un homme, Shri Ram Chandra Maharaj de Shahjahanpur, qui est capable de faire telle et telle chose en spiritualité. Il peut te faire grandir jusqu'à ton potentielle plus élevé, te mener au niveau de la divinisation. Pourquoi ne pas essayer?" Si l'interrogateur croit de

façon suffisante que son ami lui parle en ayant son intérêt à cœur et si son expérience lui permet de croire en l'avis de son ami, alors l'interrogateur vient trouver l'un d'entre nous, commence la pratique. Ce qui signifie que c'est la croyance en son ami qui l'a amené jusqu'ici.

Ensuite, il y a un deuxième niveau: en pratiquant la méditation ou le système de sadhana qui est offert sous la bannière de la Shri Ram Chandra Mission, il découvre que ses expériences personnelles résultant de la pratique servent à fortifier la croyance qui l'a amené ici. Et nous voyons que lentement la croyance grandit jusqu'à un stade de croyance absolue que nous appelons confiance. Ainsi la croyance mène à la confiance, pourvu qu'on suive le Marg et qu'on essaye de voir où il conduit. Ensuite, au fur et à mesure que nous avançons avec confiance dans le système, le simple fait que nous ayons confiance semble approfondir nos capacités de perception, notre capacité pratique à faire quelque chose de nous­mêmes. Et nous découvrons que nous devenons les réceptacles d'expériences de plus en plus importantes, expériences pénétrantes dont nous n'aurions pu anticiper la nature sans cette confiance. La confiance augmente notre propre capacité à travailler sur nous-mêmes. Elle approfondit les expériences de sorte qu'à chaque instant, un acte exécuté avec une confiance totale semble approfondir l'acte lui ­même. Ce processus conduit à des résultats de plus en plus profonds pour aboutir finalement à ce que nous appelons la foi. Donc, la croyance mène à la confiance qui conduit à la foi.

Maintenant, il y a une façon de voir la foi, comme une chose appliquée à notre travail. Après tout, c'est quand nous travaillons que nous sommes inquiets du résultat. Ainsi, nous avons foi non pas dans le travail per se mais dans son résultat que nous anticipons. Mais sur ce point, le Sahaj Marg jette un nouvel éclairage. Une nouvelle interprétation a été donnée par mon Maître: la foi, est-ce la foi dans le travail que je fais? Est-ce la foi en moi qui réalise ce travail qui dès lors réussira? Ou est-ce la foi en Lui de qui je dépends pour le succès de ce travail?

Ainsi il y a trois aspects à la foi. La foi dans le travail lui-même, la foi dans ma capacité à faire le travail et la foi en celui qui gouverne le résultat final de toute activité sur cette Terre. Donc d'abord, il y a la foi dans le processus. Nous pouvons le voir dans la technologie, la science et l'industrie occidentales où la croyance dans les machines atteint son paroxysme (par exemple, la foi en un ordinateur qui ne peut jamais se tromper). Si le programme est correct, il doit fonctionner correctement. Ainsi, nous croyons de tout cœur toute réponse vomie par un ordinateur sur ses interminables rubans de bande. Ces mots "de tout cœur" ont une relation avec la foi. En effet, si vous croyez en quelque chose avec un cœur partiel ou avec une partie de votre cœur, cela ne peut être la foi. Donc, dans ce sens, la foi implique le cœur humain entier, le pouvoir entier du cœur humain engagé dans la chose que je fais, plongé dans l'attente du résultat espéré, placé en Cela, placé en Ce qui gouverne ce qui est finalement en train d'arriver.

Maintenant, nous avons foi dans le processus. Le machiniste dit alors: "Quand j'utilise la machine, je peux faire mieux que vous avec la même machine." C'est ici qu'apparaît la foi en soi-même. Nous en trouvons plus d'exemples dans certaines sociétés, là où la machine n'est pas aussi détestablement et totalement présente. Les gens qui travaillent encore par eux-mêmes doivent avoir foi en eux­ mêmes.

Ensuite vient la foi dans le Maître: si Lui le veut, le résultat viendra. En effet, mes efforts sont toujours limités à mes capacités et à mon intelligence telles qu'elles sont, telles que je les ai héritées, telles que je les ai développées par l'éducation, par la culture personnelle. Mais la performance ultime et même une bonne performance dépendent de Lui.

Nous en arrivons là quand nous roulons sur la route. J'ai foi en mon habileté de conducteur, j' ai confiance dans ma voiture, j' ai confiance dans le système routier indien. Mais voici que dans l'autre sens, surgit un conducteur ivre qui me réduit en miettes. Je ne suis plus qu'un morceau de viande écrasée sur le pare-brise de ma voiture, s'il existe encore! Alors nous devons avoir foi en l'autre. Et en combien d'autres pouvons-nous avoir foi? Nous sommes ainsi contraints d'avoir foi en Lui, que nous appelons Dieu, Maître, peu importe.

Vient alors une réflexion très intéressante à laquelle je dois me laisser aller maintenant. J'ai foi en mon Maître. Disons une foi totale. Pourtant, beaucoup de choses vont mal dans mon existence. Un enfant très malade. Je prie pour lui. L'enfant meurt. Un commerce bien pensé, bien planifié. Avec un bon capital d'investissement. Tous les paramètres du succès sont assurés. Pourtant le succès m'échappe. On commence à perdre la foi dans le Maître parce qu'on juge la foi aux résultats. J'en suis arrivé à la conclusion suivante: croire est la capacité de croire en ce qui est possible. La foi, c'est la capacité de croire en ce qui est impossible. Ainsi, selon ma compréhension du Sahaj Marg, ma compréhension de la foi, la Foi est essentiellement la capacité de croire en l'impossible.

Par conséquent, quand nous avons la foi, les miracles sont possibles; quand nous croyons, seules les choses de ce monde sont possibles; quand nous avons confiance, les relations humaines sont possibles. Ceci élève le niveau de la foi jusqu'à un niveau Divin, dirons-nous. A ce niveau, en ayant la foi, le véritable acte de foi semble mobiliser les ressources de l'Univers -que vous pouvez appeler les ressources de Dieu Lui-même, de la Déité elle-même -pour accomplir en quelque sorte ce miracle, ce qui est exprimé par le proverbe la «  Foi déplace les montagnes ».