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Auteur : P. Rajagopalachari
(publié dans "Principes du Sahaj Marg" Volume XI)

Né dans la tradition vishnouite, issu d'une famille brahmine du Sud de l'Inde, j'étais moi aussi jadis un habitué des temples. D'après mon père, le premier indice de ma "déviation" fut le fait que je me mis également à visiter les temples de Shiva. Celte "dépravation" comme l'appelait mon père venait peut-être du fait que nous sommes nés et avons été élevés dans le Nord; a Jabalpur, Jhansi, Nagpur et finalement à Bénarès où j'ai obtenu mon diplôme. Ici, dans le Nord, on ne fait pas de grandes distinctions entre le culte de Shiva et celui de Vishnou. Il existe une sorte d'impartialité. Nous, dans le Sud, nous disons que les Indiens du Nord ne savent pas ce qu'ils font. Ils nous appellent kaththars, des traditionalistes.

Un jour, je suis allé dans le temple de Chidambaram, dans la ville de Chidambaram. II y a là un autel, une sorte de petite alcôve cloisonnée. El on raconte qu'il renferme ce qui est appelé le Chidambara Rahasya, là où l'Ultime peut être vu. Et comme j'étais toujours curieux de voir l'Ultime, j'y suis allé. A cette époque, les pujaris (prêtres) étaient moins exigeants et plus serviables. Donc, pour cinq roupies, ils m'ont montré le Chidambara Rahasya. Et bien, je ne vis rien du tout! Il n'y avait rien à voir! Je revins donc fort désappointé, me sentant un peu ridicule. Parce qu'après tout, je me considérais comme un être éduqué, un diplômé de Bénares. A cette époque, un diplômé de Bénares avait une grande valeur, ce n'était pas le Bénares d'aujourd'hui. J'étais supposé être un jeune homme moderne, doté de tout un bagage et j'étais allé dépenser cinq roupies pour ne rien voir! Qu'un simple prêtre d'un petit temple m'ait extorqué cinq roupies pour ne rien me montrer, voila qui fut un choc pour mon ego. Ensuite, nous nous sommes rendus compte qu'en plusieurs endroits, la même chose se répétait: quand vous vouliez voir l'Ultime, ils vous montraient le rien. Et partout, les prêtres ignoraient la signification de ce rien, les soi-disant dévots l'ignoraient également et ne savaient pas ce qu'ils faisaient là. Ils revenaient avec un sentiment de mystification mêlé à une certaine satisfaction d'avoir dépensé un peu d'argent pour essayer de voir ce qui n'était rien!

Donc, vous le voyez, dans certains de nos temples, parmi les plus anciens, il existe cette tradition du sannadhi (sanctum sanclorum), lieu clos où il n'y a rien. Malheureusement, par après, je supposé que c'est par ignorance que les dirigeants, les pundits out commencé a remplir ces lieux d'images, de mûrtis (idoles), faites d'abord en or, puis en argent, puis en cuivre - remarquez la détérioration progressive de notre économie - puis en pierre jusqu'a ce que le néant soit rempli de formes. Et comme l'a dit frère Gupta, aujourd'hui, il y a des centaines de formes. Il a oublié de mentionner qu'il existe même des soi-disant déesses telles que Santoshi Ma, créée de toutes pièces par des réalisateurs de cinéma.

Donc, en lieu et place du Dieu créateur de l'homme, nous connaissons aujourd'hui une situation complètement inversée, une situation très drôle, très comique et très tragique a la fois, a savoir que c'est l'homme qui crée Dieu. Chaque jour, on voit naître des nouveaux dieux et déesses. II y a dans le Kerala un certain Ayyapan. Il est très célèbre. Des millions de pèlerins se rendent là-bas chaque hiver, le jour de Makarsankranti. Ils appellent cela Makaravilakku. C'est une petite idole (murti) dans un petit village perdu dans les montagnes. Elle est devenue brusquement célèbre, à cause d'un film fait à son sujet. Au début, le culte était réserve à la population de Madurai, des districts de Tirunelveli et de certaines régions du Kérala. Aujourd'hui, vous découvrirez que du Tamil Nadu, de l'Andhra Pradesh, du Karnataka et même de l'Utar Pradesh, les gens viennent pour rendre un culte à cette idole a cause de l'importance que lui a donnée le cinéma. Du jour au lendemain, Ayyappa est devenu un temple célèbre. Les gens mettent des vêtements noirs et transportent un ballot sur la tête. A l'origine, ils avaient l'habitude de rnarcher jusque dans les montagnes. A présent, ils vont en bus et en voiture. Bientôt, il y aura de l'électricité el cela deviendra un lieu touristique.

La plupart de nos temples sont devenus des lieux touristiques aujourd'hui. Il suffit de voir le nombre de bus. Sur chaque route, vous pouvez en voir des centaines: "All Indian Tourist Vehicles". De temple en temple, à travers tout le pays, ils emmènent des pèlerins ignorants, des pèlerins faciles à duper. Un yatra de ce genre (pèlerinage) s'achève par le retour à la maison. Ce n'est pas le Yatra dont frère Gupta parlait, mais un yatra très mondain, à la manière des touristes qui vont d'un monument a l'autre.

• "Qu'avez-vous vu?"

• "J'ai vu Rameshwaram, j'ai vu Madurai, j'ai vu ça et ça et ça et je suis revenu a la maison. Cela m'a coûté pas mal de roupies! Et dans l'aventure, un pickpocket m'a délesté d'un peu d'argent."

• "Et quel fut l'événement le plus marquant?"

• "J'ai attrapé la diarrhée, la dysenterie, la variole..." que sais-je!

II y a donc deux types de yatra. Le premier, c'est le yatra ridicule et fou grâce auquel nous ne réalisons rien mais qui nous amène son lot de maladies et qui nous fait perdre une grande partie de notre pouvoir d'achat. Le deuxième, c'est le yatra intérieur, dont mon Maître dit qu'il est le réel yatra. Ceux d'entre vous qui ont lu la Bhagavad Gita connaissent ce fameux chapitre, le k shetra kshetrajnya. Le champ est ici et le propriétaire du champ, le maître du champ est ici aussi. Donc, le véritable tirtha yatra va de tirtha à tirtha, à l'intérieur de notre propre système spirituel. Et c'est ce yatra -là que le Maître amorce, entame avec le premier sitting que nous acceptons de lui, en tant qu' abhyasis de ce système.

Ce qui signifie vraiment que tout le reste n'est que plaisanterie, "fun and games" comme disent les Anglais, une tamasha, destinée à la satisfaction de nos sens, la satisfaction illusoire d'avoir reçu le darshan (vision) du Seigneur. Et comme l'a très bien fait remarquer frère Gupta, quand les prêtres font le karpura aarti (ils agitent devant l'idole du camphre qui se consume), nous fermons les yeux et baissons la tête. Au moment où nous devrions voir, nous fermons les yeux! Quel est donc ce darshan dont ils parlent? C'est également une vision intérieure: vous fermez les yeux, vous regardez dans votre coeur et vous essayez de Le voir, Lui qui ne peut être vu avec les yeux ouverts.

Mon Babuji Maharaj, mon Maître Divin m'a dit; "Tout d'abord, comprenez ce que darshan signifie. Ne croyez pas ce que vous percevez de la rupa (forme) extérieure, grâce aux yeux de votre corps, soit Son darshan." Et un jour, il m'a dit en riant: "Dans les mohallas (environs) de Shahjahanpur, chaque mendiant m'a vu, chaque daku m'a vu -tout le monde savait que son voisin direct était un bandit réputé-, chaque vache, chaque kavra (corneille), chaque bandar (singe) me voient. Aucun d'entre eux n'a atteint la mukti (libération). Ce n'est donc pas étonnant si les gens qui viennent me voir ne voient rien non plus. Ils n'atteignent pas la mukti (libération) car, avec leur œil externe, ils ne voient que ma forme extérieure. II n'y a pas de transaction intérieure entre leurs cœurs et le mien. Il n'y a aucune relation spirituelle."

Malheureusement, en Inde, nous avons cette tradition - à certains endroits, très développée, à d'autres beaucoup moins - de rechercher le darshan de gens célèbres. "Comment cela s'est-il passé?" "Darshan ho gaya." (J'ai eu un darshan!). Et bien entendu, je suis toujours un peu amusé quand dans le U.P., ils utilisent le mot darshan au pluriel: " Aap ke darshano ke liye hum aaye." Je ne sais pas pourquoi c'est au pluriel mais c'est comme ça en Hindi. Comme si un darshan de plus allait le rendre meilleur! Alors que, d'après la tradition, une seule vision suffit. II y a de fameux exemples de alwars (saints vaishnavites) qui après avoir eu une seule vision ont fermé les yeux pour toujours: "Après Vous avoir vu, je n'ai rien de plus à voir. Après Vous avoir atteint, je n'ai rien de plus à atteindre. Après Vous avoir aimé, je n'ai rien de plus à aimer. Après être devenu Vous, je n'ai rien de plus à devenir."

Le chemin de la spiritualité est donc de voir le Maître dans Son essence. Essayez si vous en avez la capacité, la kabiliyat comme vous dites. Mais pour cela, il nous faut une faculté de vision développée. Et je pense qu'une des facettes du Sahaj Marg - pas souvent expliquée et probablement non appréciée par beaucoup - c'est que l'acte de méditation, quand on ferme les yeux, est précisément un entraînement à voir sans ouvrir les yeux. Et pour voir quoi? Voir ce qu'est le cœur. Dans nos écritures, dans notre sanatana dharma, il est répété: "Lui qui est le créateur de l'Univers est au cœur de tout ce qu'Il a créé." Ne courrez pas n'importe où. Regardez à l'intérieur. Voyez-Le dans votre cœur, comme le antaryamin, celui qui est votre maître, votre créateur, votre soutien intérieur. Cherchez-Le à l'intérieur. Vous n'avez pas à participer à des tirtha yatra en dépensant votre argent et en attrapant des maladies. Mais nous avons hérité d'une assez fâcheuse tendance à parler de nos traditions et à ne jamais les mettre en pratique.

L'exemple le plus éclatant est: satyam vada, dharmam cbara (dites la vérité, observez le dharma). Et aussi: Satyameva jayate (La vérité seule triomphe), gravé sur chaque morceau de pierre dont le gouvernement de l'Inde est propriétaire. C'est là pour être lu et apprécié: nous sommes une grande nation! Et c'est ce que nous célébrons le jour de notre grande fête nationale en chantant la fameuse chanson " Sara jahan se achcha Hindustan hamara " (L'Inde est meilleure que le monde entier). Cela me rappelle toujours - excusez-moi d'insister, cela vous ennuiera peut-être - les bandarlog (peuple des singes) du Livre de la jungle, qui se vantent en disant: "Nous sommes tous formida si, parce que je le sens ainsi. Cette façon de faire, nous l'avons introduite au cœur de notre vie religieuse. Nous allons au bord du Gange et ramenons un pot plein d'eau. Un bébé est malade, nous lui faisons avaler une cuillerée de cette eau. Le corps d'un homme mort doit être enlevé, nous l'aspergeons de cette eau. Mais Dieu dit: "Qu'avez-vous fait?" Et à nouveau, comme l'a dit frère Gupta – je ne peux m'empêcher de le citer- on a les murtis du Gange, les Yamunas, qui sont de très belles représentations féminines, agréables à l'oeil, parfois lascives et provoquant même l'excitation des sens.

Je me souviens de l'époque où j'ai commencé la méditation. Cela faisait douze ans que j'étais au pied de mon Babuji Maharaj et je m'estimais fortement purifié. Si vous me le permettez. Je vais vous raconter une histoire. J'étais assis en méditation. Je m'adonnais à Gayatri. J'avais l'habitude de faire le japa de Gayatri, j'avais l'habitude de faire pranayam, de m'asseoir en asanas et j'avais cette coutume de puraka, kumbhaka, rechaka (inspiration, apnée, expiration): l'un est à quatre, est à deux avec un Gayatri, quatre Gayatris, deux Gayatris. Et je faisais cette méditation, excepté le pranayam bien entendu. Soudain, la devi Gayatri m'apparut et telle une strip-teaseuse, elle s'est mise à se déshabiller jusqu'a être complètement nue. J'étais horrifié. Je me suis dit: "Me voilà moi, un des disciples dont le Maître a une bonne opinion - J'étais déjà précepteur à ce moment-là - et voilà ce qui est en train de m'arriver!" "Toba, toba." Mentalement, je me tirai les oreilles, me précipitai chez mon Maître et lui dis:

• "Babuji, que m'arrive-t-il? Pourquoi ceci maintenant? Et une déesse de surcroît!"

Il me répondit: "Mon cher garçon, vous ignorez tout du jeu des samskaras . Un samskara est une impression visuelle, sensorielle, tactile que vous avez créée dans le passé. Quand quelque chose est fait de manière répétée, c'est comme de l'eau qui creuse un fossé. Plus elle coule, plus il devient profond au point que, où qu'elle tombe, l'eau est obligée de passer par ce canal."

Je lui dis: "Mais qu'est-ce que cette expérience d'aujourd'hui - vous savez, celle de Gayatri qui se déshabille a à voir avec mon impression?"

Il répondit: "Et bien, c'est aussi un samskara . D'un côté, vous éprouvez un appel divin. De l'autre côté, il y a l'impression sensorielle laissée par une belle jeune fille. Les deux se sont combinés. Pourquoi, parmi toutes les déesses, avoir choisi Gayatri pour lui adresser vos prières?"

Même les dieux que nous prions sont gouvernés par nos samskaras . Pourquoi Shiva pour les Shivaïtes, Vishnou pour les Vaishnavites, Ganesha pour Y.K.Gupta? Je me rappelle une autre expérience, mais avant cela, laissez-moi d'abord terminer celle-ci.

Je lui dis alors: "Babuji, pourquoi vient- elle m'importuner aujourd'hui, alors que cela fait douze ans que je suis à vos pieds?"

Il me répondit: "Mon fils, les expériences dont nous avons honte, dont nous sommes le plus honteux, nous les cachons au plus profond de nos coeurs. Elles sont extirpées en dernier lieu. Je suis heureux de ce qui est arrivé car maintenant c'est enfin parti. Le futur est vierge pour vous.

Douze années! D'un côté, douze ans ce n'est rien dans la vie d'un homme. D'un autre côté, c'est énorme. Cela aurait encore pu durer une autre dizaine d'années. J'aurais été horrifié si cela c'était produit après cinquante ou soixante années de sadhana .

Revenons-en à cette deuxième histoire que je voulais vous raconter. Un de nos abhyasis était en train de méditer et le précepteur qui lui donnait un sitting vit sortir de son coeur un de nos dieux du Sud de l'Inde, Muruga – Karthikeya comme vous l'appelez. Malheureusement, le précepteur raconta la chose à l' abhyasi et lui qui avait été régulier dans sa pratique de la méditation s'en retourna dans les temples pour adorer Karthikeya! Ce qui est arrivé, c'est que son attachement, son inclination pour Karthikeya se sont solidifiés comme une impression, comme une grossièreté à l'intérieur de lui-même. Par la grâce du Maître, cela avait été nettoyé. Il l'a pris pour une divya darshan (vision divine) - Le Seigneur lui-même qui vous apparaît. Pourquoi parler de tout ceci?

En vérité, mon maître m'a mis en garde tout au début de ma sadhana en me disant: "Si quelqu'un te dit que tu peux voir Dieu, éloignes-toi de lui. Dieu ne peut pas être vu. Si quelqu'un te dit que tu peux toucher Dieu et le sentir, éloignes-toi de cet homme. Cela ne peut se faire car Dieu n'a pas de forme. Il n'est pas fait de chair ni de sang. Il n'est pas solide."

J'ai dit: "Alors pourquoi toute cette agitation? Que faisons-nous ici – adorer Dieu, Ishwarprapti ?"

Dieu peut être expérimenté. Comment faire cette expérience? Dans le silence intérieur, lorsque vous êtes capables d'arriver à reconnaître la chose la plus subtile de la création. Vous devez l'égaler en subtilité, tout à fait comme des colonnes qui sont en résonance: deux cordes d'un sitar par exemple, si vous pincez l'une, l'autre résonne. Nous devons nous écarter de cette sthula existence, cette existence grossière pour aller vers le plus subtil du plus subtil et un jour, ergo ! II est là.

Mon Maître avait donc l'habitude de dire: ce n'est pas un processus qui permet l'acquisition, ce n'est même pas un processus qui permet le devenir. C'est un processus qui permet le dépouillement. C'est une perte. Dépouillez-vous de vos vêtements, dépouillez-vous de votre peau, dépouillez-vous de vos os, dépouillez- vous de votre chair, dépouillez-vous de tout et ce qui est là, c'est le Divin.

C'est cela qui était le secret du temple de Chidambaram. Supprimez la murti, supprimez ses avaranas (couvertures), ses abhushana (ornements), supprimez tout. Supprimez même le piédestal et alors il y a le rien et cela, c'est la Divinité Ultime. L'Ultime n'a donc pas de forme, pas de nom, pas d'attributs. Vous ne pouvez pas l'appeler, il n'a pas de mental, il ne peut pas répondre.

J'ai demandé a mon Maître: "Comment savez-vous qu'il n'a pas de mental?"

II a dit: "S'il avait un mental, il serait sujet aux dualités de ce monde: dualisme du bien et du mal, de l'ami et de l'ennemi, du vice et de la vertu, du noir et du blanc. "Mental" signifie "créateur de distinctions". Nous avons précisément reçu un mental pour nous aider à faire la distinction entre les dvandas (dualités) ainsi que les Shastras les appellent, afin d'éviter l'une et d'aller vers l'autre. Et pour en définitive les éviter toutes deux car, comme le dit la Gita, vous devez allez au-delà des dualités de cette existence. II n'y a pas de lumière ni d'obscurité. -"Na tatra surya bhati..." (Inaudible)

... Monsieur, je fais le bien, pourquoi aurais-je besoin de Dieu? Oui, vous faîtes pencher la balance d'un côté. Un autre homme est pêcheur. Il a assassiné, violé. Oui et alors? Vous marquez dix points du côté positif, il en marque du côté négatif. Aux yeux de Dieu, il n'y a pas de différence. Les deux côtés constituent des déviations. La logique de ceci, c'est que si vous arrivez au carrefour de trois routes, carrefour de type trishul, et que la route du milieu est celle qui conduit directement au but, cela n'a pas beaucoup d'importance si vous vous perdez en allant à droite ou en allant à gauche. Vous voyez. Le côté droit peut être le mauvais côté! Il n'y a donc pas de mérite à être bon ni de démérite à être mauvais. Comme le disait mon Babuji Maharaj, les samskaras sont formés de deux façons: quelque chose est bon et cette bonté forme un samskara ; quelque chose est mauvais et cela forme un samskara . Elevez-vous donc au-delà de ces deux pôles.

Dés lors, les gens qui se considèrent comme bons ne sont pas meilleurs que ceux qui sont mauvais. Excusez-moi de le dire, c'est un message de mon Maître et je pense que c'est une chose importante à laquelle les gens doivent réfléchir. Car il y a beaucoup de dharmakartas (curateurs, administrateurs) qui ont construit des temples, des dharmsalas (bungalows mis à la disposition des fonctionnaires en tournée). Ils gravent leurs noms sur une plaque de cuivre, sur du marbre et même sur les marches des temples, afin que les bhaktas (dévots), en foulant celles-ci du pied, les élèvent jusqu'à une sorte de swarga (paradis). C'est une supercherie que nous commettons à l'égard de nous- mêmes. La plupart de ces dharmakartas essayent seulement d'effacer les péchés de leur existence passée en donnant des paquets d'argent dont vous ne pourriez même pas rêver - des millions, des billions. Ils sont pareils à un homme qui a grossi et qui essaye de se faufiler dans une existence où il sera plus léger. Perdant du poids et espérant contre tout espoir que nous pouvons donner par charité des millions gagnés au marché noir, en volant et en dépossédant d'autres gens. Dans une sorte d'exercice pour régler les livres, selon la tradition comptable. Mais ce comptable-ci ne compense pas votre débit par votre crédit pour établir un bilan. Les samskaras jouent des deux côtés. C'est la raison pour laquelle on observe des choses extraordinaires: un lépreux est né roi, parfois un roi est né mendiant, une belle femme est prostituée, un homme malade est philosophe. "Pourquoi?" demandent les gens normaux, spécialement les Occidentaux. "Pourquoi, si Dieu est bon, si Dieu est amour, pourquoi ces choses arrivent-elles?" C'est une réaction entre les différents samskaras que nous avons contractés par notre existence antérieure. Le bon reflète le bon, le mal reflète le mal et il y a réaction réciproque de l'un sur l'autre, lumière et ombres. Rappelez- vous que pour l'équilibre final, il n'y a pas de bilan comptable (selon lequel 99 millions moins 98 millions égale 1 million.)

Ce n'est pas comme cela en spiritualité. Dans les livres de Dieu, chaque entrée est comptabilisée et si vous observez la vie autour de vous, vous comprendrez qu'il doit en être ainsi. Sans quoi, on ne pourrait imaginer une interaction si fascinante de caractères, de conditions, d'environnements. Un homme, né dans le désert, est heureux. Et nous qui sommes nés dans la kshetra du Seigneur, cette kharma bhoomi que nous appelons Barat Varsh, nous sommes malheureux au-delà de toute description: ce qui est par-dessus tout la plus grande dépravation des temps modernes, - tout est samskara.

Nous devons donc passer à l'acte de se défaire - perdre, perdre, perdre. Et là, cette question du rien est de la plus haute importance. Pour terminer, je vais vous donner un exemple pour vous montrer à quel point ce soi est puissant. Lorsque vous rentrez à l'intérieur de vous-mêmes et que vous découvrez toujours plus de vous-mêmes à l'intérieur, cela devient fascinant de penser: c'est moi qui est Dieu. C'est ce que raconte l'histoire de Indra et de Vrithra, l'histoire de amrulamanthan (le barattage de l'océan pour en faire du nectar). Elle nous montre jusqu'où nous devons aller, avec quelles armes puissantes nous devons le faire. Vasuki pour la corde, d'énormes montagnes pour ce travail - je ne sais pas comment l'appeler en Hindi - les devas d'un côté, les asuras de l'autre, tirant jour et nuit et des choses sortent. Des bonnes choses, des mauvaises choses, des choses diaboliques. Jusqu'à ce que finalement surgisse amrulham. Pour cela, nous avons besoin de patience. Si vous voyez une villageoise baratter son beurre, vous savez qu'au bout de vingt ou vingt et une minutes, soudainement, tout a coup, le beurre se forme. Cela n'arrive pas au compte gouttes, vous savez. Si vous perdez patience au dernier moment, au moment vital, vous perdez le beurre. Le soi, c'est cela - le dernier voile. Nous avons cette tradition, celle des sept voiles. Pourquoi sept voiles? Je ne sais pas, mais c'est toujours sept.

Il y a une belle histoire soufi avec laquelle je voudrais terminer. C'est l'histoire du chien qui avait très soif, qui mourait de soif. Il est arrivé au bord d'un étang à l'eau cristalline et claire. Il y a vu son image. Il a pensé qu'il s'agissait d'un autre chien et il s'est mis à aboyer furieusement. Effrayé par cet autre chien, il ne voulait pas laper l'eau. Pendant trois jours, il resta dans cet état de soif terrible et de peur. Sur le point de mourir, ne pouvant plus supporter cette soif horrible avec, devant lui, toute l'eau du monde pour l'apaiser, il plongea dans l'étang. Il fit éclater sa propre image et apaisa sa soif. C'est le dernier voile, le voile du soi. C'est ce que Gupta a si bien expliqué à propos de mon Maître: la totale absence de 'Je" en lui. "Le mien", "je" et "mien", à propos desquels tous les saints ont parlé. Le dernier voile, c'est toujours celui-ci: "je" et "mien". C'est une chose éphémère, comme le reflet du chien dans l'eau. C'est une chose éphémère, facilement éparpillée mais nous sommes fascinés par elle. Nous pensons qu'il s'agit de nous. Face à elle, nous prenons des airs avantageux, nous nous embellissons, nous nous détaillons. Le miroir n'est pas seulement celui devant lequel les femmes passent la moitié de leur vie, comme on dit en Occident: les hommes le font aussi, mais seulement en secret!

Donc vous voyez, le moyen c'est de tout briser en éclats, de dégager les décombres. Les premieres décombres, c'est le Annamaya kosha. Annamaya, pranamaya, manomaya, vigyanamaya, anantamaya, les cinq koshas doivent être détruits l'un après l'autre. Même le anantamaya, le dernier kosha, doit être détruit, car nous devons aller au-delà de la béatitude elle-même. Pour terminer, je citerai mon Maître qui a exprimé tout ceci dans une très belle formule: "La où la religion s'arrête, la spiritualité commence. La où la spiritualité s'arrête, la Réalité commence. La où la Réalité s'arrête, la Béatitude commence. Et la où la Béatitude s'arrête, commence ce pour quoi vous êtes en recherche."

Puisse-t-Il tous nous en bénir!

Merci.