La méditation
Il vaut mieux s'asseoir dans la pénombre du matin pour méditer ou si cela
n'est pas possible à une heure fixe convenant à l'abhyasi. Ne soyez pas troublés
par les choses extérieures mais restez occupés à votre travail en considérant
que d'une certaine façon elles vous aident en vous faisant sentir le besoin
d'une plus grande absorption dans vos pratiques.
Quand nous méditons, la force centrale que nous possédons, reste active.
Avec le système d'entraînement du Sahaj Marg nous partons de dhyan, la septième
étape du yoga de Patanjali : fixer le mental sur un point unique pour pratiquer
la méditation. Les étapes précédentes ne sont pas suivies séparément mais entrent
automatiquement en activité au fur et à mesure que nous progressons dans la
méditation. Ainsi, l'on économise beaucoup de temps et d'efforts. Dans certains
sansthas la routine habituelle suivie comme pratique est souvent gardée
confidentielle. Elle n'est seulement révélée qu'à ceux qui entreprennent de s'y
conformer formellement. On ne comprend pas très bien au fond quel est leur but.
La Nature n'a pas de secret et je pense que celui qui prétend suivre la voie
divine ne doit pas en avoir non plus.
La pratique suivie dans notre Mission est la méditation sur le cœur. La même
méthode a été recommandée par Patanjali. Il y a là une grande philosophie à la
base. Nous sommes toujours occupés par les choses du monde. Si nous ne faisons
rien, nos pensées semblent avoir des ailes durant les heures de loisir. Nous
sommes toujours dans le tumulte et le désordre. Notre mental individuel est
devenu si habitué à une telle activité que tout est sens dessus dessous. Nos
actions et nos pensées sont pour beaucoup dans nos errements. Lorsque nous restons
en contact avec des idées et des pensées de différentes sortes elles laissent des
impressions sur nos sensations émotives et nos instincts. Tous les sens sont
pollués et adoptent un comportement erroné. Les traces faites ainsi sur nos
indriyas les changent en bloc solide comme le roc où il ne reste ni bhog ni
sagesse. L'âme, certes, n'est pas touchée, mais nous créons de tels obstacles
et de telles enveloppes qu'elle s'en trouve enfermée comme dans un cocon. Nous
ne pouvons même plus entrevoir notre âme, encore bien moins la réaliser. Sous
l'effet de nos pensées et actions viciées nous altérons notre sens de la
discrimination et de la connaissance exacte. Ceux qui ont atteint cet état de
solidité n'aiment pas suivre l'entraînement du raja yoga. C'est la raison pour
laquelle les gens font la sourde oreille à ce que nous disons. Aucune pratique
du hatha-yoga ne peut apporter de véritable réalisation car elle ne peut aller
plus loin que l'ajna-chakra et il reste encore bien des étapes à franchir ensuite.
Donc le raja-yoga est la seule chose qui puisse nous conduire au but. Il n'y a pas
d'autres moyens pour s'approcher du Centre. Il nous a été donné la même force que
la force centrale même si elle est souillée par nos activités erronées. Nous nous
servons de cette même force au cours de la méditation. Voilà pour ainsi dire
comment nous procédons naturellement avec la force de la Nature.
Quand nous méditons, la force centrale que nous possédons reste active. Cela
disperse les nuages épais qui sont désagrégés par cette force. Cela ne peut
s'exprimer par des mots, seul un abhyasi peut le sentir. Cela ne peut se
connaître qu'en le pratiquant. Vous vous trouverez bientôt en train de nager
dans une paix et un bonheur éternels. Tout se termine là. Il ne reste plus aucun
attachement au monde. Le mental est discipliné, automatiquement réglé. Les sens
commencent a être contrôlés et vous en avez la maîtrise. Se maîtriser signifie
maîtriser la Nature. Quand l'ouverture sur votre âme devient transparente vous
découvrez que le travail de la Nature est à votre mesure ou plutôt vous commencez
à travailler vous-même
Dans notre système, il est conseillé à l' abhyasi de méditer sur le cœur en
songeant à la lumière divine qui s'y trouve. Mais on lui recommande de ne pas
voir la lumière sous quelque forme que ce soit telle qu'une ampoule électrique,
ou une bougie, etc. Dans ce cas la lumière qui apparaîtrait intérieurement ne
serait pas réelle mais seulement une projection de sa propre imagination. Il
est conseillé à l'abhyasi uniquement de supposer que la lumière est là, avec à
la base la pensée du Divin. Ce qui se passe alors est que nous méditons sur ce
qu'il y a de plus subtil que l'on puisse atteindre.
La méthode de méditation sur le cœur consiste à penser à la lumière divine à
l'intérieur. lorsque vous commencez à méditer de cette façon, pensez seulement
que la lumière divine intérieure vous attire, ne vous tourmentez pas si des idées
de l'extérieur viennent pendant la méditation. Laissez les venir mais continuez
votre travail. Traitez vos pensées et vos idées comme des hôtes que vous n'avez
pas invités. Si cependant elles vous troublent pensez qu'elles sont celles du
Maître, non les vôtres. Ce processus de méditation est très efficace et ne manque
pas d'apporter le résultat désiré. Asseyez-vous dans une posture confortable
pendant une heure le matin de façon très naturelle. Vous devriez seulement méditer.
Ne luttez pas contre les idées qui généralement surgissent pendant la méditation.
La concentration est le résultat automatique et naturel de la méditation. Ceux
qui insistent sur la concentration au lieu de la méditation et obligent leur
mental à s'y attacher arrivent en général à un échec.
Tous les saints ont utilisé le mot "lumière" et je ne peux l'éviter moi non
plus car c'est la meilleure façon d'exprimer la Réalité. Mais cela crée des
complications, parce que lorsque nous parlons de lumière l'idée de luminosité
prédomine et nous pensons que c' est quelque chose de brillant. La lumière réelle
n'implique pas cette idée. Dans notre méthode l'abhyasi, certes, voit parfois la
lumière, mais la lumière lumineuse ne se produit qu'au début lorsque la matière
vient en contact avec l'énergie. Autrement dit, ce n'est qu'un indice signifiant
que l'énergie a commencé son travail. La lumière réelle a la couleur de l'aube
ou un léger reflet de non-couleur. Bien que le mot lumière ne soit pas une
traduction exacte de ce qu'est la chose (parce que la lumière est réellement
une chose beaucoup plus lourde que ce n'est véritablement), nous l'avons exprimée
de cette façon uniquement pour faciliter la compréhension. Si l'abhyasi commence
à se sentir de plus en plus léger, cela veut dire qu'il progresse, parce que dans
ce cas, il entre en l'état en lequel Dieu est. La lumière (light en anglais)
signifie la perte de poids de ses propres pensées. Ainsi, la lumière de la Réalité
ne se réfère qu'à la véritable substance ou de façon mieux appropriée à la
substance sans substance.
Toute attention exagérée, artificielle ou mal dirigée, provenant des désirs
personnels ou des idées préconçues de l'abhyasi, cause des dommages très souvent
irrévocables. Ainsi, les visions de lumière ou autres, ne doivent pas être créées
artificiellement et l'on ne doit pas s'y appesantir. On peut simplement les noter
lorsqu'elles ont lieu sans aucun sentiment d'attachement personnel envers aucune
d'elles. Le seul objet d'attachement personnel doit être le but ultime: la réalisation,
qu'il faut garder tout le temps fermement en vue; et ceci constitue la meilleure
garantie contre toute diversion non pertinente. Un exemple de cette attention mal
dirigée et nuisible, comme déjà souligné, est: insister sur la concentration de la
conscience à laquelle s'attendent lors de toute pratique de méditation la plupart
des abhyasis du raja yoga. Ceci a fait de grands ravages dans l'histoire de la
sadhana yogique, en Inde et ailleurs. Les méthodes d'austérités ascétiques, les
pénitences et les mortifications physiques utilisées habituellement pour maîtriser
le mental ne l'empêchent pas de suivre ses tendances mal dirigées. D'autre part,
elles ne servent qu'à refermer le mal sur lui même et il pourra ressurgir quand,
par hasard, la maîtrise de soi sera quelque peu relâchée. La véritable solution
du problème réside, non pas dans le contrôle artificiel du mental par suppression,
contrainte ou mortification, mais dans sa modification graduelle, ce qui le soulage
de ses tendances mal dirigées. En ceci, comme pour tout d'ailleurs, l'attitude de
l'étudiant sincère, réceptif et ouvert à tout pour travailler et se développer de
façon naturelle, assure les plus rapides progrès.
En général, je conseille de méditer sur le cœur là où on le sent battre. La
méditation sur d ' autres points peut aussi se faire, par exemple fixer l'attention
sur le bout de son nez ou entre les sourcils, etc. mais à mon avis la méditation
sur le cœur est ce qu'il y a de plus facile et de plus bénéfique. Il y a une grande
philosophie sous jacente dans la méditation sur le cœur. Le cœur est la station de
pompage du sang. Il envoie le sang purifié dans toutes les parties du corps
jusqu'aux plus petites cellules. Or, nous avons pris le cœur comme centre pour
notre méditation. Le sang qui court à travers notre organisme est affecté. La
dureté due à nos propres pensées et actions commence à diminuer. C'est la
première chose que nous gagnons dès le premier jour de cette méthode de méditation
sur le cœur Le cœur est le noyau et il crée le mouvement vibratoire partout où il
est dirigé. C'est le champ où le mental doit agir et c'est l'instrument par lequel
nous développons notre faculté de discrimination. La force subtile travaille en
cet endroit pour la descente de l'énergie divine. Si d'une façon ou d'une autre,
notre pensée s'y adjoint ou si nous l'exercions à s'infiltrer où il faut, la
dirigeant vers la Réalité, le problème est résolu. Les gens peuvent se demander
pourquoi il est nécessaire de méditer. La réponse est tout à fait simple. Par la
méditation, nous nous rassemblons en un point, de sorte que notre mental individuel
perd l'habitude qu'il a formée de vagabonder. Par cette pratique nous dirigeons
notre mental individuel dans la bonne voie parce que ses habitudes sont ainsi
métamorphosées. Quand ceci est fait tout naturellement nos pensées ne s'évadent
plus. Le cœur est le seul point où le lien reliant l'animé à l'inanimé se ressent
le mieux. C'est la raison pour laquelle la méditation sur le cœur est très utile.
De plus, le cœur est le champ d'action du mental. Le mental reste toujours tel
qu'il est. C'est le cœur qui en tant que champ d'action du mental est à corriger.
D'où le point le plus approprié pour la méditation ne peut être que celui d'où
part le courant vers le haut ou vers le bas. Cela ne peut être que le cœur et rien
d'autre. Le centre entre les sourcils (trikuti) peut être utilisé aussi mais ce
n'est pas aussi facile pour le commun des mortels car cela demande plus de travail
à l'abhyasi. Cela peut aussi donner naissance à beaucoup de complications par la
suite si la méditation n'est pas convenablement pratiquée par l'abhyasi. La
méditation sur le nombril n'a d'autre valeur spirituelle que de provoquer une
sensation de chatouillement qui finalement amène le mental et les passions à leur
maximum de force.
A un certain stade de développement de la foi chez 1'abhyasi, nous insistons
généralement sur la méditation sur une forme apparemment humaine. Les critiques
peuvent sans doute considérer que c'est un suicide pour l'avancement spirituel.
Ce n'est pas le cas, pourvu que l'être sur lequel l'on médite soit d'une envergure
spéciale, qu'il soit descendu de l'Absolu immatériel pour donner un entraînement
spirituel, ou ait atteint personnellement, le niveau d'évolution spirituelle
requis, par un effort suprême.
Le nettoyage (cleaning)
Le processus de nettoyage utilise la force originelle de la pensée sous forme
de volonté humaine, pour l'affinage de l'âme individuelle afin de la rendre capable
de s'élever sur le sentier abrupt et glissant de la réalisation de l'essence la plus
subtile de l'identité.
Dans la soirée asseyez-vous à nouveau dans la même posture au moins pendant
une demi-heure et pensez que les complexités, l'enchevêtrement de vos pensées
antérieures, la grossièreté ou la solidité de votre état fondent ou s'évaporent
en fumée dans votre dos. Cela vous aidera à purger votre mental et vous rendra
réceptif à l'influence efficace de notre Grand Maître.
ès que je trouverai que vous êtes libérés de ce qui n'est pas vous-mêmes,
je vous changerai cette technique ou vous demanderai de l'arrêter suivant le
cas. De cette façon, nous nous envolons très haut par l'éveil et le nettoyage
des chakras et de leurs points adjacents, nous occupant de la kundalini en dernier;
à laquelle l' abhyasi ne touche pas lui-même, ceci étant exclusivement le travail
du Maître. Mais il faut se rappeler qu'en pratiquant ces méthodes, il ne faut pas
trop forcer son mental mais seulement prendre un rythme normal
Ce processus de nettoyage doit se répéter pendant environ cinq minutes avant
de méditer le matin. D'autres modes de cleaning peuvent aussi être conseillés
suivant les besoins particuliers des abhyasis ; on ne peut les mentionner ici
en détail. Il suffit de dire que le processus de nettoyage utilise la force
originelle de la pensée sous forme de volonté humaine, pour l'affinage de l'âme
individuelle afin de la rendre capable de s'élever sur le sentier abrupt et
glissant de la réalisation de l'essence la plus subtile de l'identité.
La prière
La prière demeure le moyen le plus important et le plus infaillible pour réussir.
Ô, Maître !
Tu es le vrai but de la vie humaine.
Nous ne sommes encore qu'esclaves de désirs
Faisant obstacle à notre avancement.
Tu es le seul Dieu et Pouvoir
Qui puisse nous élever à ce niveau.
Une chose de plus dans la pratique est de faire chaque jour, au moment de se
coucher, la brève prière ci-dessus avec un esprit suppliant et un cœur débordant
d'amour divin. Répétez la prière dans votre mental une ou deux fois et commencez à
méditer dessus pendant quelques instants. La prière doit être faite comme par un
être malheureux qui dépose son fardeau d'un cœur profondément affligé devant le
Maître suprême en implorant sa miséricorde et sa grâce, les larmes aux yeux. Alors
seulement il deviendra un aspirant méritoire. Il y a plusieurs façons d'aimer
Dieu et bien des bhavas sont utilisés: le sentiment paternel (pitri-bhava), le
sentiment amical (sakhyabhava), etc. A mon avis il ne peut y avoir de meilleur
rapport que celui existant entre l'amoureux et le bien-aimé. Si l'abhyasi se
considère comme l'amoureux, prend Dieu pour son bien-aimé et conserve le même
sentiment, le résultat sera que Dieu lui-même deviendra l'amoureux et l'abhyasi
le bien-aimé au bout du compte. Mais si l'on croit avoir atteint le but à ce
stade ce sera une grosse erreur. Ce qui reste à faire ne peut être déterminé car
il s'agit uniquement de pratique.
La prière demeure le moyen le plus important et le plus infaillible pour réussir.
Grâce à elle, nous établissons notre lien avec le Divin. La raison pour laquelle
la prière doit être offerte avec un cœur plein d'amour et de dévotion est que l'on
doit créer en soi un état de vacuité pour que le flux de la grâce divine puisse
être "attiré". Lorsque le monde émergea en sa forme actuelle, le point central
était déjà profondément enraciné en tous les êtres. Une partie du Suprême est en
nous, qui attire notre attention vers la source. Dans la prière nous essayons
d'atteindre ce même point central. Ceci n'est possible que lorsque nous créons
intérieurement un état similaire.
Ceci demande de la pratique. On peut l'atteindre en s'abandonnant à la volonté
divine qui est absolument simple et paisible. Apparemment cela semble très
difficile, en fait cela ne l'est pas, mais cet état est réservé à ceux qui y
aspirent ardemment. Lorsqu'un être crée en lui un désir intense de l'Absolu, il
est en vérité en état de prière et c'est ce que chacun doit s'efforcer d'atteindre.
Chaque fois qu'un être entre en cet état, même pour un instant, sa prière est
exaucée. Mais il faut un entraînement continuel pour y arriver. On devrait exhorter
les gens à prier de cette façon. Si l'on y réussit et qu'on s'y établisse, que
reste-t-il à faire d'autre que se souvenir, se souvenir de façon telle que l'on
ne prenne même pas conscience du souvenir ?
COMPLEMENTS ESSENTIELS POUR DES PROGRES RAPIDES
Le souvenir constant
Nous devons rester en contact avec l'idée de Dieu au cours de toutes nos
activités mentales et physiques.
Le souvenir constant de Dieu est naturellement un trait caractéristique dans
la spiritualité. La méthode pour cultiver le souvenir constant consiste à penser
avec une conviction ferme, pendant vos heures de loisir, au bureau, chez vous, dans
la rue ou au marché que Dieu pénètre tout, est partout et que vous pensez à Lui.
Essayez de garder cette pensée autant que vous pouvez.
Le mental des gens est absorbé à tout moment par les problèmes de leur vie
matérielle et leur attention est rarement dirigée vers Dieu, sauf quand ils sont
très malheureux ou en profonde détresse. C'est parce qu'ils attachent une
importance primordiale à leurs intérêts dans le monde, les seuls qu'ils aient
constamment en vue. Ainsi restent-ils empêtrés dans maya sans jamais penser à
s'en sortir si peu que ce soit.
Le souvenir fréquent de Dieu bien qu'il soit une grande aide n'est pas tout
ce dont nous avons besoin pour obtenir le succès final de la réalisation. Nous
commençons généralement une chose importante en prononçant le nom divin et il est
d'usage dans presque toutes les religions de le faire. Mais ce n'est qu'une
formalité qui n'a plus aucune signification. Nous ne consacrons jamais la chose à
Dieu au vrai sens du terme et au fond de notre cœur nous sommes en fait très
éloignés de l'idée de Dieu. Se souvenir ainsi de Dieu ne sert à rien. La
signification réelle de cette habitude est que nous devons rester en contact
avec l'idée de Dieu au cours de toutes nos activités mentales et physiques. Il
faut nous sentir liés à chaque instant à la puissance suprême par une chaîne
continuelle de pensées durant toutes nos activités. Ceci peut se faire facilement
si nous considérons notre travail et tous nos actes comme faisant partie d'un
devoir divin qui nous est confié par le Grand Maître que nous servons le mieux
possible.
Certains pensent que ce souvenir constant ou même fréquent de Dieu est
impraticable quand un être est entouré par les nombreux soucis causés par
l'attachement au monde et les responsabilités de la vie. Mais la pratique et
l'expérience leur prouveront que c'est un processus très facile qui peut être
suivi par tout un chacun malgré tous les soucis et les engagements, si seulement
ils apprennent à diriger leur attention vers Dieu au sens véritable.
L'idée du guru comme force suprême divine est très utile dans la recherche
spirituelle si le guru lui-même se trouve immergé dans l'état ultime de la
réalisation. Vous dépendez de son aide, vous pensez à lui comme à un être
surhumain. Si vous poursuivez la routine de votre vie en dédiant tout à votre
Maître, imaginez tout le bien que cela vous apportera en fin de compte. En
faisant une chose, pensez que vous ne le faites pas pour vous-même, mais pour
votre Maître; songez plutôt que le Maître lui-même le fait pour lui. En prenant
votre petit déjeuner, songez que votre Maître déjeune. En allant au travail,
songez que c'est votre Maître qui le fait. En revenant du travail, supposez
qu'en cours de route vous voyez une danse attrayante. Vos yeux sont attirés par
la charmante apparition de la danseuse. Alors songez aussi que ce n'est pas
vous mais votre Maître qui voit la danse. Vous perdrez tout de suite votre
curiosité car la puissance du Maître commencera à affluer pour vous débarrasser
de la tentation. Quand vous revenez du travail, vos enfants se réjouissent de
vous voir, après tant d'heures, vous aussi, vous êtes heureux de leur joie et
ce n'est que très naturel. Votre attention pendant un moment est tournée vers
eux et vous vous sentez quelque peu éloigné de la pensée du sacré. Ce que vous
pouvez faire alors est de songer que le Maître en vous se réjouit et vous serez
à nouveau en contact avec la pensée sacrée. Si vous bavardez avec un ami, pensez
que c'est votre Maître et non pas vous qui lui parlez. Quand vous marchez, pensez
que c'est votre Maître qui marche. Même pendant votre méditation, si vous gardez
l’idée que ce n'est pas vous mais votre Maître qui médite sur sa propre forme,
cela amènera d'excellents résultats. Vous pouvez adapter de la même manière toutes
vos habitudes de travail. Si vous cultivez ce sentiment et maintenez le point de
vue que votre Maître fait tout à votre place, non seulement vous serez en
souvenir constant mais vos actions ne laisseront aucune impression, et vous
cesserez de créer en vous de nouveaux samskaras.
La dévotion
Le souvenir constant devient efficace quand l'abhyasi commence à s'attacher à
l'objectif de sa méditation : le souvenir constant.
Le souvenir constant, en somme, est le développement naturel de la pratique de
la méditation et devient efficace lorsque l'abhyasi s'attache à l'objectif de
sa méditation: le souvenir constant.
Alors la pratique spirituelle n'est plus une discipline aride mais une occupatIon
savoureuse qui vous absorbe tout entier. Seul le feu de l' amour et de la dévotion
brûle les déchets frivoles et sépare l'or des scories. Ce feu d'amour peut,
cependant, prendre trois formes. La première est la combustion lente produisant
une épaisse fumée. La seconde produit parfois des étincelles, et la dernière
donne une flamme brillante capable de tout réduire en cendres en un instant.
Les deux premiers états sont fonction de l'exposition de la matière combustible
à l'air. Lorsque la solidité qui empêche la combustion est chassée par l'effet
de la chaleur interne, la flambée finale débute avec force. Mais il y a aussi
le feu électrique qui ne passe pas par les deux premières étapes et n'apparaît
qu'à l'état final, sans fumée ni vapeur. Si vous pouvez allumer en vous un tel
feu, vous progresserez à pas de géant.
La dévotion et l'amour, naturellement, sont à la fois faciles et difficiles
à acquérir d'un coup. La véritable dévotion n'a en elle aucune trace d'affectation
et va de pair avec l'illumination. Aux étapes initiales, le dévot peut être
conscient de ses sentiments envers l' objet de son amour mais dans les étapes
ultérieures la passion et la ferveur s'estompent jusqu'à ce que cette dévotion
devienne presque inconsciente à l'étape ultime. Au niveau de la dévotion, la
plus subtile il s'agit alors d'un abandon de soi total où, par la grâce du
Maître suprême, la conscience de l'abandon est complètement absente.
Là réside le problème de la pratique naturelle de la dévotion, de l'abandon,
etc. On dit que pour cela il est plus facile d'aimer une autre personne de son
espèce: c'est pour cela que l'on se sert du guru en le considérant comme une
personnification du Suprême. Dans mon cas, mon Maître fut le seul objet de mon
amour. Je n'étais pas amoureux de la liberté, de la paix, de la perfection ou
d'autre chose, mais de lui seul, de Lui uniquement. Mon Maître en était certes,
digne car il était l'homme le plus adéquat sur qui méditer, et à qui se consacrer.
Il était totalement libéré des sentiments d'égoïsme, de désirs, d'attachement au
monde, et voué entièrement à son "propre Soi".
Cette phrase fait référence à un état spirituel de haut niveau rarement
accordé à l'homme. C'était la raison pour laquelle je l’aimais du mieux que
je pouvais. J'essayais, cœur et âme de m’immerger en lui totalement et ceci
constituait toute la recherche de ma vie. C'est parce que j’avais trouvé un
Maître sans égal. Quant aux résultats obtenus, je n'ai pas de mots pour les
exprimer. Pour résumer Il est l'océan infini de grâce en lequel nous devons
tous nous immerger. Puisse ceci être accessible à tous les chercheurs sincères.
L'abandon
L'abandon de soi a une grande importance pour un abhyasi dans Sa recherche.
Le moyen le plus facile et le plus sûr d'atteindre le but est de s'abandonner
au Grand Maître. Ce sentiment d'abandon s'il est cultivé par des moyens violents
ou mécaniques est rarement authentique. Il doit se développer automatiquement en
vous sans le moindre effort et sans aucune pression mentale. Mais si la connaissance
de soi demeure il ne s'agit pas encore de véritable abandon. Que reste-t-il à
faire lorsque vous vous êtes abandonné au vrai sens du terme ? Rien. Je crois
qu'en cet état un abhyasi demeure tout le temps en contact étroit avec la Réalité
et le courant de luminosité divine continue à couler en lui sans aucun arrêt. De
cette façon, vous pouvez résoudre le problème de votre vie de la façon la plus
facile et la plus efficace dans le minimum de temps. Ainsi donc, si l'on fait cadeau
de son cœur si l'on en fait don au Maître divin, il ne reste quasiment plus rien
à faire. Ceci vous amène tout naturellement à l'état d'absorption en la Réalité
absolue. Adopter cette technique simple et facile fait que le tout début en est
en même temps la fin. Que peut-on offrir de mieux qu'un tout petit cœur pour
atteindre le plus cher objectif de la vie ?
Une chose encore. Pour effectuer cet abandon du cœur de la façon la plus
facile il suffit d'un acte de volonté. En outre, plus la volonté sera légère
et subtile plus elle sera efficace. Adopter cette méthode donne la certitude de
créer une attitude de renoncement dès le premier jour. Il suffit d'un peu de
courage au départ.
L'abandon de soi n'est rien d'autre qu'un état de complète résignation à la
volonté du Maître, avec un complet désintérêt de soi. Demeurer en permanence en
cet état mène au commencement de l'état de négation. Lorsque nous nous
abandonnons au Grand Maître, nous commençons à attirer un flux continuel de la
plus haute force divine provenant de Lui. En cet état un homme ne pense et ne
fait que ce que la volonté de son Maître lui ordonne. Il sent que rien dans le
monde ne lui appartient mais que tout n'est qu'un prêt sacré de la part du
Maître et il fait tout en pensant que c'est sur l'ordre de son Maître. Sa
volonté sera complètement. subordonnée à la volonté du Maître. L'abandon n'est
pas une chose ordinaire qui se fait facilement. Cela débute par une négation
complète de tous les sens et des facultés, négation à laquelle nous parviendrons
par la pratique des règles élémentaires de la dévotion. Nous nous soumettons au
Maître et pensons à lui comme à un être surhumain. Nous l'aimons avec dévotion,
foi et respect, essayant par tous les moyens d'attirer son attention et sa grâce.
Les sages ont classé les disciples en deux principales catégories: manmat et
gurumat. Les premiers sont ceux qui s'approchent du guru en vue d'un but terrestre
tel que le soulagement de leur souffrance, le désir de faire fortune, etc. Ils ne
se soumettent à lui que tant qu'ils espèrent en obtenir la satisfaction de leurs
désirs. Si leur espoir est déçu ils s'en vont. Pour de tels disciples la question
d'obéissance ou de soumission ne se pose même pas, que dire alors de l'abandon.
Les gurumats sont ceux qui suivent les prescriptions du guru en tous points et
essayent de se soumettre à sa volonté de toutes les manières possibles. La
soumission commence par l'obéissance. Lorsque nous sommes profondément impressionnés
par les grands pouvoirs d'un maître de haute réalisation spirituelle, nous sommes
intérieurement enclins à obéir à ses ordres.
Un bel exemple d'abandon nous est présenté par Bharata, le fils de Dasharath,
lorsqu'il partit dans la forêt avec les habitants d'Ayodhya pour convaincre son
frère Rama de revenir. En réponse à l'insistance des gens Rama répondit gravement
qu'il serait disposé à revenir dans sa capitale à condition que Bharata lui demande
de le faire. Tous les yeux se tournèrent vers Bharata qui était lui-même venu pour
le convaincre de revenir. Mais il répondit calmement: «Ce n'est pas à moi de
commander mais seulement d'obéir.» Ainsi donc, l'abandon de soi a une grande
importance pour un abhyasi dans sa recherche.
PRATIQUE
Je vais expliquer, pour le bénéfice de tous, la pratique du Sahaj Marg.
Il y a d'abord la pratique et ensuite les attitudes. La pratique consiste en
trois éléments : la méditation du matin, le nettoyage du soir et la prière-méditation
de la nuit .
La méditation
Méditer signifie penser continuellement à une même chose, et nous sommes
supposés prendre comme objet de méditation ce que nous souhaitons atteindre.
Puisque la réalisation est ici notre but la réalisation de Dieu, la réalisation
du Soi l'objet de la méditation doit par conséquent être de cette nature. Le but
du Sahaj Marg est un but abstrait, appelé le Soi ultime. Par conséquent nous
ne pouvons avoir (prendre) de nom ni de forme pour la méditation. Nous ne
pouvons pas non plus utiliser de qualité, ni d'attribut de la Divinité.
Cependant, le Maître a senti que, pour la plupart des gens il serait impossible
de méditer sur une abstraction. Aussi dans le Sahaj Marg notre Maître a pris
comme objet de méditation ce qu'il a pensé, ce qu'il sait être, d'après
l'expérience qu'il a faite, la chose la plus subtile que nous puissions prendre
pour notre méditation sans la rendre grossière, ni lui donner une forme ou un
nom et c'est : la lumière divine dans le cœur. Il est donc nécessaire de comprendre
très clairement que dans le Sahaj Marg, l'objet de la méditation est la lumière
divine dans le cœur et rien d'autre. Comme je vous l'ai déjà dit, méditer
signifie penser continuellement à la même chose. Pour cela, nous nous asseyons
confortablement les yeux fermés, avec la pensée que notre cœur est rempli de
lumière divine. Nous nous asseyons confortablement car, pendant la durée de la
méditation, le corps ne devrait pas interférer ni interrompre notre méditation.
Dans le système du Sahaj Marg, on ne prescrit pas de posture (asana) particulière.
Patanjali a lui même décrit l'asana comme une posture que vous pouvez garder
confortablement pendant un certain laps de temps. Ainsi, il nous est permis de
choisir une position dans laquelle nous pouvons rester confortablement assis
pendant une heure. Toutefois, nous ne sommes pas autorisés à nous allonger pour
méditer car si nous le faisions, la relaxation ainsi produite nous conduirait
au sommeil. Pendant la méditation, si nous éprouvons le besoin de changer de
position, cela est permis, car l'objectif est de nous installer de façon à ce
que le corps ne nous dérange pas.
En ce qui concerne la lumière dans le cœur, nous ne sommes pas supposés voir
ou essayer de voir de la lumière dans le cœur. Comme l'a expliqué mon Maître,
c'est une simple supposition que la lumière est là. Nous sommes donc supposés
avoir cette idée ou cette pensée continuellement pendant une heure. La période
prescrite est d'une heure et pas moins. Nous ne devons pas non plus méditer pendant
plus d'une heure d'affilée. Mais si nous avons du temps, il n'y a aucun mal à
arrêter la méditation, nous relaxer dix minutes , puis méditer de nouveau pendant
encore une heure. Après la première heure, vous pouvez arrêter pendant un certain
temps. Lorsque nous nous asseyons en méditation, nous avons bien sûr des pensées
qui nous dérangent. On nous demande de ne pas prêter attention à ces pensées mais
de les ignorer. Car la recherche du Maître nous montre que lorsque nous prêtons
attention aux pensées, la pensée puise en nous de l'énergie et devient de plus
en plus forte. Ainsi, si nous ignorons la pensée, nous nous rendons compte qu'elle
tombe d'elle-même ! Une autre pensée peut prendre sa place, mais le même sort lui
est réservé. « Traitez-les comme des hôtes que vous n'auriez pas invités, dit le
Maître, et elles s'en iront. » Si nous faisons cela systématiquement et avec
vigilance, nous découvrirons qu'en quelques mois à peine, il nous est possible
d'atteindre un état sans pensée. Ici, il est nécessaire de comprendre que toutes
ces pensées nous viennent de l'intérieur, ce sont nos propres pensées sous forme
de samskaras. Si nous prêtons attention aux pensées quand elles surgissent,
elles deviennent puissantes, se multiplient et retournent à l'intérieur. Mais
lorsque nous ne leur prêtons pas attention, nous leur permettons de tomber, la
réserve intérieure de samskaras s'épuise alors rapidement; c'est ainsi que nous
atteignons un état sans pensée pendant la méditation. Il faut toutefois se rappeler
que cet état sans pensée n'est pas notre but.
Je pense avoir traité le sujet de la méditation du matin (ce n'est pas
forcément tout ce qu'il y avait à dire à ce sujet), si ce n'est qu'elle
devrait être pratiquée avant le lever du soleil comme l'a prescrit Babuji.
Le Maître a clairement expliqué que, dans la nature, un équilibre se produit
à l'heure où la nuit rencontre le jour et où le jour rencontre la nuit.
Lorsque nous méditons au moment où ce point d'équilibre se produit dans
la nature, cela nous aide beaucoup dans notre progression pour atteindre
rapidement notre but. Bien sûr, ceci est valable pour des conditions normales
où le jour et la nuit existent, ne me demandez pas ce que nous devrions faire
au Pôle Nord ou au Pôle Sud. Mais, dans la mesure du possible, voilà comment
pratiquer.
Le nettoyage du soir
Prenons maintenant la deuxième chose qui est le processus de nettoyage
du soir. Il doit se faire lorsque tout le travail de la journée est terminé,
pas avant. Pendant les activités de la journée et au fil de nos pensées, nous
accumulons beaucoup d'impressions. Par la pratique du cleaning, quand le
travail de la journée est terminé, nous essayons de nous débarrasser le plus
possible des impressions de cette journée. Ainsi, le processus de nettoyage du
soir vise essentiellement à retirer l'accumulation des impressions emmagasinées
pendant cette journée. L'accumulation d'impressions plus anciennes et plus
profondes est plus dense (gross) -ce ne sont plus de simples impressions, elles
se sont transformées en lourdeur (grossness) -elles nécessitent l'intervention
du Maître et des précepteurs. Pour faire votre cleaning, vous vous asseyez
confortablement comme pour la méditation du matin et vous pensez que les
impressions de la journée s'en vont par l'arrière sous forme de fumée ou de
vapeur. Mais, le mot "penser" ne devrait pas être mal compris, car c'est un
processus très actif au cours duquel nous sommes supposés utiliser notre pouvoir
de volonté.
La prière-méditation
Nous en venons maintenant à la troisième chose: la prière-méditation de la
nuit. C' est une chose simple. On nous conseille de nous asseoir sur notre lit
pendant dix minutes environ, de répéter la prière quelquefois et de méditer sur
sa signification. Cette prière-méditation dure environ dix minutes puis vous
vous endormez tout de suite. La prière devrait être la dernière chose que nous
faisons avant la fin de la journée.
Maintenant, en ce qui concerne l'utilisation de la prière, elle peut être
répétée une seule fois avant de commencer notre méditation du matin. Elle n' a
aucune place dans notre cleaning du soir. Elle a de nouveau sa place au cours de
la prière-méditation de la nuit au cours de laquelle elle est répétée mentalement
quelquefois. Elle ne peut pas être utilisée comme un mantra quand nous méditons
et être inlassablement répétée tout au long de la journée comme il est d'usage
dans beaucoup d'autres systèmes prescrivant la répétitions de mantras. « Quel mal
y a-t-il à la répéter, demandent certains, si elle est si efficace ? » La réponse
du Maître est que même si une chose est bonne, la répétition peut rendre cette
chose grossière. Alors notez bien ceci: la prière, une fois le matin, avant la
méditation et vous pouvez la répéter mentalement plusieurs fois au coucher pour
que sa signification soit claire pour la méditation.
Maintenant, j'aimerais également dire quelque chose au sujet de la prière.
Certains ont compris que nous prions Dieu afin d'obtenir quelque chose lorsque
nous prononçons cette prière. Mais si vous le dites convenablement en pensant
bien à ce que vous dites, vous vous rendrez compte qu'elle contient simplement
trois affirmations de fait.
La première ligne dit :
« O , Maître !
Tu es le vrai but de la vie humaine. »
Nous affirmons simplement un fait. Ici, le mot "Maître" se réfère à Dieu comme
Babuji l'a écrit dans ses livres et énoncé de façon très claire:
« Le véritable Maître, c'est Lui et Lui seul».
J'éclaircis ce point car certaines personnes demandent :
« Comment pouvons-nous nous adresser à un homme en tant que maître, ou à un
guru en tant que maître alors que nous ne nous adressons pas à Dieu dans la
prière ? » Les Maîtres, Comme l'a expliqué Babuji, sont les représentants de
Dieu. Il ne devrait alors y avoir aucune difficulté pour un abhyasi quels que
soient ses antécédents religieux, à utiliser cette prière dans ce but. Ainsi la
première ligne de la prière dit en réalité : « Dieu! Tu es le but de la vie
humaine », et, en un sens, nous nous rappelons ainsi quel est le but que nous
essayons d'atteindre.
La deuxième ligne dit :
« Nous ne sommes encore qu'esclaves de désirs
Faisant obstacle à notre avancement. »
Nous ne demandons pas à Dieu de retirer les désirs, de changer les désirs
ou quoi que ce soit de ce genre. Nous énonçons de nouveau un fait. C'est-à-dire
nous reconnaissons être, dans une attitude d'humilité, les créateurs de nos
propres problèmes. Nous reconnaissons avec humilité, que nos désirs font
obstacle à notre avancement. Utilisée efficacement, cette prière nous empêchera
de développer des désirs pour l'avenir.
La troisième ligne dit :
« Tu es le seul Dieu et Pouvoir
Qui puisse nous élever à ce niveau. »
Ici, nous reconnaissons le fait que rien n'est possible de notre propre
effort et que Lui seul peut nous aider pour nous amener à ce niveau d'existence.
Notez bien que nous ne demandons absolument aucune aide à Dieu.
Ainsi, la prière comporte trois énoncés. Le premier nous présente le But.
Le deuxième nous dit quel est le seul empêchement à notre avancement, à savoir
nos désirs, et le troisième établit que Dieu lui-même doit nous aider à L'atteindre.
Chacun se souviendra sans doute que Babuji a dit: « La prière, c'est de la mendicité.
» La manière traditionnelle de prier est de la mendicité. La prière de notre
Mission ne comporte rien de tout cela, aucun éléments de demande ou de requête.
On peut cependant poser une question que très peu de gens ont posée jusqu'à
maintenant : « Pourquoi dites-vous O Maître !" et non "O Dieu!"? » Le rôle de
l'Ultime s'est terminé avec le premier kshobh. Il y eut une impulsion, qui a
continué la création et qui continuera pour toujours. Gouverner cet univers,
changer cet univers, tout cela n'est plus son rôle.
.De temps en temps, viennent des maîtres pour remplir cette fonction.
Puisque nous faisons partie de cet univers, ce travail nous concerne aussi
beaucoup. Il est un aspect de l'univers, l'aspect non-matériel: l'inanimé, qui
voit survenir les changements automatiquement, selon certaines lois (des lois
mécaniques). Mais en ce qui concerne l'univers vivant ou l'aspect vivant de
l'univers, le Maître doit venir pour nous aider à changer, car là le changement
n'est plus automatique. Comme je l'ai dit quand j'ai parlé de Lui, Il est
essentiellement un maître du changement. C'est pourquoi l'abandon est si important
car nous devons lui permettre de nous changer sans qu'il y ait de résistance de
notre part. Ainsi nous avons passé en revue les trois éléments de la pratique du
Sahaj Marg.
ATTITUDES
Les dix maximes
Nous en venons maintenant aux attitudes. Quelles sont les attitudes à
développer ? Nos dix maximes ont établi ceci très clairement. Nous devons
avoir, à la base et essentiellement, une attitude d'humanité (correspondant à
l'état d'être humain). Nous devons essayer de maintenir cette attitude, tout en
reconnaissant que peut-être nous ne l'avons pas encore développée, mais que nous
essayons de le faire. Je dis ceci car Babuji nous a enseigné que nous commençons
notre vie comme des êtres humains animaux, que nous devons ensuite nous développer
pour devenir des êtres humains normaux, pour ensuite poursuivre vers le stade de
la divinisation. Comme nous l'a dit Babuji Maharaj, plutôt que d'être esclaves de
notre mental, nous devrions en devenir les maîtres. Ainsi, en s'entraînant à ne
garder dans le mental qu'une seule pensée pendant la méditation, nous acquérons
lentement une facilité de plus en plus grande à réguler ce mental. Nous utilisons
le mental pour réguler le mental. Bien des gens se demandent comment cela est
possible. Un exemple cependant vous aidera à comprendre que c'est ce que nous
faisons tout au long de notre vie.
Si vous avez un chien que vous voulez dresser, vous vous servez du chien
lui-même. De la même manière pour maîtriser un cheval, il vous faut le monter
bien des fois jusqu'à ce que vous l'ayez maîtrisé. En fait, je dois dire que le
concept éducatif moderne considérant la formation comme venant à nous de l'extérieur
a quelque peu perverti notre pensée à ce sujet. Il ne peut donc y avoir de programme
de formation dans ce sens. Tout programme doit être utilisé pour nous former
nous-mêmes, nous réguler nous-mêmes. C'est justement le problème qui se pose avec
les dix maximes. Nous apprécions leur valeur, nous reconnaissons leur mérite mais
nous ne les appliquons pas à notre vie.
Pour nos sœurs et frères occidentaux, la première maxime est la pierre
d'achoppement. Mais comme Babuji l'a expliqué, si vous ne pouvez suivre la
première maxime, ce n'est pas une raison pour ignorer toutes les dix. Passez à
la deuxième, passez à la troisième. Quelle que soit celle que vous pouvez suivre,
de grâce, suivez-la en premier. L'ordre dans lequel nous les observons n'a pas
d'importance spécifique. On peut commencer n'importe où, terminer n'importe où.
Ce n'est pas comme un escalier où vous devez d'abord monter la première marche
ensuite la seconde, puis la troisième, et ainsi de suite. Ce n'est pas comme cela.
La chose importante est de commencer quelque part et d'exercer votre volonté en
faisant quelque chose de positif. La volonté se trouve renforcée chaque fois que
nous faisons quelque chose et elle est affaiblie chaque fois que nous n'arrivons
pas à faire ce que nous devons. Ainsi, la méditation nous aide à réguler notre
mental et, en le régulant, quatre-vingt quinze pour cent de nos problèmes sont
résolus. Par conséquent, la méditation est un processus, pas un but en soi. Mais
c'est un processus qui nous aide immensément et c'est pourquoi nous la pratiquons.
Ayant acquis une certaine capacité à réguler le mental, nous devons avoir recours
au processus de nettoyage pour nous aider. Ceci parce que nos tendances et nos
habitudes sont précisément le résultat des samskaras en nous. Si ceux-ci ne sont
pas éliminés, il ne nous sert à rien de disposer d'un mental régulé. Ce processus
doit être effectué très systématiquement et en y appliquant notre pouvoir de volonté:
Il enlève la base qui s'est formé en nous dans le passe, et qui se manifeste par les
tendances actuelles. La régulation progressive du mental nous aide à ne pas former
d'autres samskaras en acquérant nous-même un certain degré de contrôle sur le mental.
La méditation et le processus de nettoyage s'équilibrent l'un l'autre, se soutiennent
l'un l'autre, pour notre évolution. La méditation seule sans le cleaning n'est à mon
avis d'aucune utilité. Ce serait comme de posséder une voiture puissante embourbée
dans le limon et dans la boue. Le cleaning seul est comme une belle route, avec dessus
une voiture sans moteur. Il y a un affinement progressif de la force motrice de
l'homme, son mental, qui produit ses pensées. Le cleaning retire les obstacles sur le
chemin de ce progrès. Il faut se souvenir de cela très soigneusement car on s'aperçoit
que dans l'histoire religieuse de l'humanité, la méditation existe depuis des temps
immémoriaux. Pourtant on ne compte que peu de réussites. Car comme Babuji l’a expliqué,
quelle que soit votre progression dans la méditation si les samskaras ne sont pas
retirés, ils demeurent à l'état de semences qui peuvent venir, à éclosion au moment
où l'environnement favorable sera créé. C'est ainsi que même ceux qui se sont élevés
à de très hauts niveaux ont souvent chuté parce qu'à ces niveaux-là, les samskaras
ont soudain trouvé un milieu propice à leur floraison et ont germé.
L'autre raison est que, tant que les samskaras sont là, si vous gagnez du pouvoir,
les tendances deviennent plus puissantes. Donc, comme Babuji l'a expliqué: « Si vous
transmettez à un voleur, il deviendra un parfait voleur. » Là réside l'importance
considérable du processus de nettoyage dans notre système.
Le souvenir constant
Maintenant, voici l'aspect pratique. Que nous reste-t-il à faire compte tenu de tout
cela ? La première responsabilité est de pratiquer, chaque jour, régulièrement,
intégralement et systématiquement: la méditation du matin, le cleaning du soir,
la prière-méditation de la nuit, que vous preniez des sittings avec des précepteurs
ou non. La deuxième chose est d'essayer de développer le souvenir constant qui
s'établira de toutes façon si la pratique est systématique. Le Maître a précisé que
le souvenir constant une fois établi, la méditation perd alors de son importance. A
titre d'exemple, je peux dire que c'est la même chose que focaliser le microscope sur
un objet. Car le cleaning retire les objets dont nous n'avons pas besoin, la méditation
régule le mental et les deux sont rassemblés et ne font plus qu'un.
Le souvenir constant n'est aussi qu'une étape. Il a pour but de développer l'amour pour
le Maître. Comme Il l'a dit : « Nous nous souvenons de ce que nous aimons. Alors pour
créer l'amour, souvenez-vous en d'abord. » Ainsi, de la pratique de base, nous en
arrivons au niveau des tendances qui sont éliminées; ce qui nous mène au souvenir
constant qui progresse maintenant jusqu'au stade de l'amour pour le Maître. Si, et
quand ce troisième stade est atteint, notre travail est plus ou moins terminé. Parce
que, comme l'a expliqué Babuji, le bien-aimé commence alors à se souvenir de l'amoureux.
Notre amour frappe à Son cœur, et quand Son cœur s'ouvre à notre amour, notre travail
est fini et c'est à ce moment-là que la spiritualité commence vraiment. Vous avez sans
doute compris que ceci est juste, car tout le reste constituait la pratique: la
pratique mentale, la pratique physique, les attitudes mentales, les changements
d'attitudes, tout cela ayant pour but de développer l'amour pour le Maître. Je vous
demanderai de noter cela soigneusement car, dans le passé, bien des systèmes ont
existé lesquels l'amour n'était pas un aspect du yoga, un système de méditation ou
tapasya. Il n'y avait pas d'amour en toile de fond. Si vous étudiez alors avec
d'attention les réussites des grands du passé dans les centaines de régions prétendues
spirituelles, il ne s'agissait entre autres choses, que de pouvoirs, de l'aptitude
à faire des miracles, à combattre dans les guerres. Aussi, voyez-vous, ce qu'ils ont
obtenu n'était qu'une approche de la Divinité à qui ils demandaient et dont ils
obtenaient certaines choses, mais ils ne donnaient pas d'amour et ils n'obtenaient pas
la Divinité elle-même. Mon Maître dit: « Si Dieu vous donne l'univers entier c'est
encore du gâchis s'il ne vient pas avec vous. » Vous connaissez bien les diverses
tentations. Vous avez entendu parler de la tentation du Christ, la tentation de
Nachiketas, Yama lui offrant toutes sortes de choses. Dans tous ces cas on offre une
vie illimitée, un empire illimité sur le monde, uniquement pour tenter l'homme par
des cadeaux et le détourner du Soi et l'éloigner de lui-même.
Nous devons veiller très soigneusement à ne pas demander à notre Maître des dons de
pouvoir, de bonheur, mais à ne lui demander que lui-même. Seul l'amour peut rendre
cela possible. Nous pouvons tous aller chez un ami et revenir avec une bouteille de
vin ou un morceau de gâteau, mais nous n'allons pas chez le bien-aimé pour revenir
avec un morceau de gâteau. Comme le disait admirablement Babuji, aux gens qui étaient
venus à Shahjahanpur et qui repartaient malheureux de s'en aller: « Ou bien vous
restez avec moi, ou vous m'emmenez avec vous. » Mais personne ne fait ni l'un ni
l'autre. Ainsi, dans une relation d'amour entre deux personnes, soit l'amoureux va
vers le bien-aimé, soit le bien-aimé va vers l'amoureux, mais c'est pour être
ensembles et non pour se prendre des choses l'un à l'autre. La prière dit ceci
admirablement car la première ligne dit: « Tu es le vrai but » ce qui signifie, Toi
tu es le vrai but, non tes pouvoirs, non ta beauté, non tes richesses ni même
l'univers, mais: Toi (le Bien-Aimé), tu es le vrai but.
La dernière ligne de la prière l'affirme de nouveau avec force. Elle dit: « Seul
le Bien-Aimé peut se donner lui-même. » Vous ne pouvez demander à un médiateur
d'amener le bien-aimé à vous. Ainsi, nous pouvons mettre la prière de notre Mission
en langage ordinaire quotidien et dire: « Mon Bien-Aimé. Vous êtes le vrai but de
ma vie; seuls s'interposent entre nous, mes envies et désirs stupides pour vos
pouvoirs, votre beauté, vos richesses. Vous seul pouvez vous donner à moi. » C' est
tout ce que dit la prière de la Mission, rien de plus.
Je pense que je vous ai donné une idée du Sahaj Marg, et la preuve de sa réalisation
se fera jour lorsque nous nous rencontrerons encore et encore et que nous verrons
des visages plus clairs, des cœurs plus impatients, plus d'amour et un amour plus
profond pour le Maître. Je prie pour le progrès rapide de tous.
Merci.
Discours prononcé à Vorauf, le 2 mai 1985.
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